Wonder Woman : l’initiatrice du girl power ?

21 avril 2016 Mathilde de Chalonge Actu/Buzz,Ciné/Séries,Livres,

Wonder Woman runs the world

La superhéroïne la plus connue de l’Histoire n’en finit pas de faire parler d’elle depuis 1941, date de sa première apparition dans All Star Comics. Née sous la plume de William Moulton Marston, l’Amazone Diana au lasso magique et bracelets à l’épreuve des balles, fille de Zeus et de la Reine Hippolyte, a conquis tout l’Occident. Ses superpouvoirs font frémir d’envie ses homologues masculins de la Ligue des Justiciers. Mais loin de ses tenues affriolantes et de ses batailles contre ses ennemis, se cache aussi une jeune femme qui combat pour l’égalité des genres dans la société.

A l’époque où les femmes n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari et encore moins de prendre la pilule, Wonder Woman a tout de suite plu pour son féminisme à une période, la Seconde Guerre mondiale, où les femmes prenaient peu à peu les manettes de l’économie. Si aujourd’hui on ne compte plus les Lena Dunham, Emma Watson ou Beyoncé qui s’échinent à prouver tous les jours que la femme est l’égale de l’homme, elles n’étaient pas aussi nombreuses il y a 70 ans à occuper de tels statuts dans la société. Wonder Woman serait-elle l’initiatrice du girl power ?

 

Une paternité sous influence

Le créateur de Wonder Woman, William Moulton Marston, écrivain et psychologue, a tout de suite choisi de faire de son héroïne une femme forte, indépendante et douce à la fois. Adepte lui-même de l’amour libre avec sa femme (ou plutôt ses femmes) il a été profondément influencé par les suffragettes de son époque, leurs combats pour le droit de vote mais aussi pour leur indépendance financière et sexuelle.

Dès lors, pas question de faire de Wonder Woman une belle et stupide poupée. Certes, Wonder Woman est plutôt gâtée par la nature et n’hésite pas à mettre ses atouts en avant : sa taille de guêpe, ses longues jambes fines et sa poitrine plantureuse sont valorisées par son body aussi kitsch que moulant. Pourtant, malgré cet accoutrement, Wonder Woman n’est pas gnangnan pour un sou et porte le discours de son père William Marston : « Franchement, Wonder Woman, c’est de la propagande psychologique pour le nouveau type de femmes qui devraient, selon moi, dominer le monde.”

Wonder Woman lance la charge contre l'armée allemande

Wonder Woman lance la charge contre l’armée allemande

 

Wonder Woman n’a rien à envier à ses acolytes de la Ligue des Justiciers : aussi puissante et musclée que Superman, aussi rusée et intelligente que Batman, elle est en plus dotée d’un fort pouvoir de séduction. Pour DC Comics, l’éditeur de Wonder Woman, elle est la représentante d’une forme d’héroïsme au féminin et à la sauce américaine, drapée dans son body aux couleurs de la bannière étoilée. Alors que le monde est en guerre en 1941, Wonder Woman symbolise le combat mené par les femmes, à l’arrière.

 

Faire changer les mœurs.

 

William Marston a imaginé une Wonder Woman capable de plaire à tout le monde. Elle séduit les hommes et les jeunes adolescents qui voient en elle une héroïne sexy, combattante et tendre à la fois, elle plaît aux femmes qui rêvent de l’égaler en badassitude, et elle sensibilise les jeunes enfants à l’égalité entre les genres.

En ce sens, elle était capable de faire évoluer les mœurs en touchant toute une société. Elle est une œuvre de propagande, comme le voulait son auteur, un homme bien en avance sur son temps. Elle rallie et rassemble, peu importe le sexe, et est autant admirée que Batman et Superman. Superhéroïne, elle ne se contente pas de faire un petit coucou pour signifier sa présence : Wonder Woman mérite un premier rôle, ou rien.

 

Wonder Woman : une femme libre et indépendante

Wonder Woman : une femme libre et indépendante

 

Wonder Woman n’est pas la « femme de », la « fille de » ou la « sœur de ». Elle ne se cantonne pas au rôle de petite amie comme Lois Lane ou refuse d’être une des nombreuses conquêtes de Batman, cet inconstant.

Wonder Woman prouve qu’on peut être une self-made-woman et qu’une femme n’a pas besoin d’un homme pour occuper une place dans la société. Le comic est comme un relais entre les suffragettes et les mouvements féministes des années 1960 : il comble un blanc de près de 40 ans

 

 

Qu’en est-il des adaptations ?

 

Au fil des années et après la mort de Marston, Wonder Woman a peu à peu perdu son charme ultraféminin et ultraféministe pour s’affirmer en tant qu’héroïne américaine. En 1954 les éditeurs créent la Comics Code Authority, organisme de censure, qui bride le côté féministe de Wonder Woman. A la fin des années 1960, elle quitte même le monde des superhéros pour tenir sa boutique de mode ! Heureusement en 1987 Perez et Potter redémarrent les aventures de Wonder Woman et lui redonnent ses pouvoirs et sa place dans le monde des superhéros.

 

La Wonder Woman de la série TV a été influencée par les évolutions du personnage et oscille entre fidélité au personnage de Marston et liberté dans l’adaptation. Néanmoins, si elle n’est pas toujours la porte-parole féministe voulue par Marston (notamment dans la deuxième et troisième saison), la popularité de la série a permis de faire connaître au grand public ce personnage.

 

Même les gens nés dans les années 90 connaissent ce générique qui déchire et sont familiers du visage de Lynda Carter…

 

 

 

Aujourd’hui c’est l’actrice israélienne Gal Gadot qui a signé pour incarner le personnage dans trois films : Batman VS Superman, Wonder Woman et La Ligue des Justiciers.

 

Gal Gadot incarne Wonder Woman

Gal Gadot incarne Wonder Woman

 

Le choix de l’actrice a été assez critiqué. Elle a été jugée infidèle à la plastique de Wonder Woman : trop maigre, pas assez musclée, trop plate… Les fans de l’héroïne de Marston s’en sont donné à cœur joie. Ils ont également été déçus par son rôle très secondaire dans Batman vs Superman, actuellement au cinéma. Wonder Woman y fait quelques apparitions, pas vraiment justifiées. Elle trahit le propos de Marston qui n’a jamais voulu faire de Wonder Woman une jolie poupée qu’on utilise pour booster l’audience.

 

On espère que le film qui lui sera entièrement consacré et qui sort sur nos écrans dans un an tiendra compte de la dimension féministe de Wonder Woman et la montrera sous son meilleur jour, celui des années 1940. « Who run the world ? » demandait Beyoncé il y a cinq ans. On a la réponse : Wonder Woman, pourvu que la réalisatrice Patty Jenkins ait la même.

, , ,