Les troubles mentaux dans la littérature

28 avril 2016 Morgane Decoret Ciné/Séries,Livres,

A chaque trouble son époque !

 

A l’occasion de l’exposition Mental Désordre qui aura lieu du 5 avril au 6 novembre 2016 à la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris, parlons un peu des maladies mentales et de leur récurrence dans la littérature et à la télévision…

 

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La bipolarité chez les héros des tragédies grecques : dire qu’ils se croyaient frappés de folie par les dieux !

 

Dans de nombreuses tragédies antiques, il arrive qu’un personnage perde tout à coup la raison et fasse des choses qu’il regrettera une fois revenu à lui. Bien souvent, ce phénomène est expliqué par une malédiction que les dieux leur auraient lancé. Une explication un peu trop facile à mon avis ! Si ça se trouve, Hercule avait juste oublié de prendre ses pilules pour soigner sa bipolarité et c’est pour ça qu’il a tué toute sa famille… Il n’aurait donc pas du tout été ensorcelé par Lyssa, la déesse de la folie envoyée par Héra comme l’écrit Euripide dans La folie d’Héraclès !

 

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De même, dans l’Agamemnon d’Eschyle, Cassandre était probablement dans sa phase dépressive lorsqu’elle prédit sa propre mort. Étant donné qu’un bipolaire alterne entre les périodes de dépression et de bonheur, personne ne l’a vraiment prise au sérieux… Cela n’aurait donc rien à voir avec une quelconque malédiction lancée par Apollon !

 

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Il faut croire qu’Euripide aimait beaucoup les bipolaires : dans les Bacchantes, il décrit un des accès de fureur de Dionysos. Apparemment un certain Penthée aurait remis en cause sa divinité. Le pauvre ne devait pas savoir que la seule pharmacie de l’Olympe était en grève et que le dieu de la folie (ben tient comme par hasard) n’était plus sous traitement depuis un bon moment ! Du coup, rien de très surprenant à ce qu’il envoute les bacchantes (ces femmes qui lui vouaient un culte) pour assassiner Penthée.

 

 

 

Dessinez vos phobies médiévales : créez des énigmes pour les historiens !

 

De quoi les gens du Moyen-Age pouvaient-ils bien avoir peur ? Des animaux sauvages, de la guerre, de la peste, de Dieu… d’un peu de tout quoi !  Mais une des phobies les plus intéressantes se trouve dans les illustrations de manuscrits : la cochleophobie. Oui, vous avez bien compris, les gens du Moyen-Age étaient terrifiés par les escargots !

 

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Dans de nombreux manuscrits médiévaux, on voit de preux chevaliers apeurés à l’idée de devoir combattre ces gentils gastéropodes! Alors soit les chevaliers du Moyen-Age affrontaient quotidiennement des escargots géants, soit les moines enlumineurs étaient totalement défoncés ! A ce jour, les historiens ne sont toujours pas certains de la raison pour laquelle les copistes dessinaient de telles images, mais une chose est sûre, ils ont dû se passer le mot parce qu’on les retrouve absolument partout !

 

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Les troubles de l’humeur : la mélancolie et la tristesse des auteurs romantiques (et par extension, des élèves de français)

 

Mais qu’est-ce qui a bien pu faire que tout le 19ème siècle soit aussi déprimé ?? Auteurs, poètes, peintres… heureusement qu’Allo Suicide n’existait pas encore, ils auraient été débordés ! Une mélancolie permanente, un désir de retour en arrière vers une époque plus heureuse, le mal être de l’âme… Entre Le Rouge et le Noir de Stendhal (1830), La Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset (1836), Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire (1857) et Bel-Ami de Guy de Maupassant (1885), l’ambiance ne devait pas être bien joyeuse !

 

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Le Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich

 

Bon, c’est vrai que le 19ème siècle ne se limite pas qu’aux œuvres romantiques, d’autres sujets ont été exploités…

 

 

 

Les hallucinations et la schizophrénie : les spécialités du roman fantastique

 

Voilà qui est… pas beaucoup mieux. Mais à choisir entre la déprime et les cauchemars, peut-être le roman fantastique est-il préférable. Les personnages vous entraineront dans un monde effrayant où ils doutent d’eux-mêmes en permanence. Les esprits existent-ils ? Suis-je en train de devenir fou ? Bref, le but du roman fantastique est de faire en sorte que le lecteur hésite constamment entre l’explication rationnelle : les phénomènes paranormaux qui tourmentent les héros sont réels ou bien le personnage a un problème mental, généralement assez sérieux et qui a tendance à empirer au fil des pages…

 

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Des portes qui grincent, un verre qui se vide tout seul, des murmures qui résonnent dans des pièces vides… Les Histoires extraordinaires, publiées en 1856 nous viennent tout droit du maître du fantastique en personne : Edgar Allan Poe. Guy de Maupassant prouve qu’il peut verser dans autre chose que le romantisme avec les Contes Fantastiques (1882) et Le Horla (1887). Mais Poe et Maupassant ne sont pas les premiers à expérimenter le genre fantastique : déjà en 1819, Washington Irving écrivait Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête qui correspond parfaitement à la description de ce type de romans : le cavalier a-t-il réellement été ressuscité ? Est-ce une hallucination ?

 

 

 

La drogue et l’alcool chez les réalistes : des addictions qu’il ne faut plus cacher

 

Contrairement à la constante hésitation créée par les romans fantastiques, les auteurs naturalistes, eux, prennent le parti de dire les choses comme elles sont (probablement parce qu’ils trouvaient que les gens n’étaient ni assez déprimés par les romantiques, ni assez effrayés par les fantastiques).

 

Parmi les choses que les réalistes et en particulier les naturalistes (les réalistes hardcore) ne veulent plus cacher, on trouve les addictions. Un personnage drogué, addict au shopping ou alcoolique ? Pas de soucis, puisqu’il faut décrire la réalité, on va en faire le personnage principal de l’histoire !

 

C’est notamment le cas de Flaubert avec Madame Bovary (1857). Attention spoiler : à la fin Emma se suicide. Pourquoi ? Parce qu’elle est criblée de dettes. Pourquoi est-elle criblée de dettes ? Parce qu’elle a acheté des tonnes de tissus luxueux à son marchand d’étoffes. Pourquoi a-t-elle… ? Parce qu’elle s’ennuyait. Eh oui. Emma Bovary est une accro au shopping. Sa vie n’était pas assez excitante à son gout et ses amants se laissaient d’elle rapidement : elle compensait donc en achetant jusqu’à devoir se tuer pour ne pas avoir à rembourser tout l’argent qu’elle devait.

 

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Zola aussi a pris le parti de narrer à ses lecteurs les histoires des pires rebus de la société. Les Rougon-Macquart, charmante famille, sont en général (si ce n’est tous) des dépravés. Mais en termes d’addictions, c’est l’Assommoir, publié en 1877, qui nous intéresse ici. Dans ce roman, Zola dépeint les ravages que peut causer l’alcool et, puisqu’il appartenait au mouvement réaliste, il avait préalablement visité des hôpitaux pour pouvoir décrire les crises de delirium tremens de Coupeau avec plus de précision. Il n’épargne pas non plus au lecteur le fait que Gervaise soit prête à se prostituer pour obtenir sa dose quotidienne d’alcool. En cela, elle ressemble fortement aux junkies des séries américaines… Il faut croire qu’à l’époque, ils n’avaient pas les pubs pour les encourager à boire avec modération…

 

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Les pulsions : une caractéristique des hors la loi

 

Autant lorsqu’on colle le suffixe « man » à la fin d’un mot anglais ça crée des trucs pas trop mal : Batman, Superman, Spiderman… autant lorsqu’on tente de faire la même chose avec un mot grec, le rendu est tout de suite beaucoup moins sympa : kleptomane, pyromane…

Pourtant, les kleptomanes aussi peuvent devenir des héros, ou au moins des anti-héros ! Regardez Arsène Lupin par exemple : créé en 1906 par Maurice Leblanc, il fait partie de ce qu’on appelle communément les gentlemen cambrioleurs. C’est-à-dire des mondains qui ne peuvent pas s’empêcher de prendre ce qui ne leur appartient pas. Tout le monde se souvient bien sûr de Robin des Bois qui volait aux riches pour donner aux pauvres, et bien c’est le même principe. A ceci près que le personnage est déjà riche et qu’il garde tout pour lui…

 

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Le monde dans lequel vous vivez ne vous plait pas? Développez un trouble de la personnalité et échappez à vous-même! 

 

Aujourd’hui, les troubles mentaux sont de nature plus complexe et souvent développés par la société. Dans la continuité des auteurs fantastiques, le lecteur/ spectateur a du mal à faire la différence entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Le film de David Fincher Fight Club (1999) est un parfait exemple. Le narrateur (Edward Norton) est un expert en assurances qui trouve sa vie déprimante. Il fait alors la connaissance de Tyler Durden, un anticonformiste avec qui il va former un club de combats clandestins.  Ce n’est qu’à la fin du film que l’on comprend que le narrateur souffrait en fait de dédoublement de la personnalité et que Tyler n’était pas réel.

 

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Plus récemment dans The Machinist, Christian Bale, méconnaissable tant il est squelettique, incarne  Trevor Reznik, un insomniaque amnésique sujet à des hallucinations qui tente tant bien que mal de reconstituer son passé oublié. A la fin on apprend que son esprit tentait par tous les moyens d’effacer la chose horrible qu’il avait faite mais que sa culpabilité l’empêchait de dormir. C’est donc en voulant échapper à lui-même qu’il s’est détruit.

 

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Les TOC : une maladie à effet comique

 

Jusqu’à présent, tous les troubles mentaux évoqués étaient censés susciter de l’effroi, de la pitié, du « j’espère-que-je-ne-serai-jamais-atteint-d-un-truc-pareil » (si vous vous êtes dit : « ça a l’air trop cool ! » vous êtes déjà foutu…). Cependant, il arrive que ces maladies aient un effet comique. De nombreux personnages de séries télé drôles sont atteints de TOC : les troubles obsessionnels compulsifs. Dans Glee, Emma Pilsbury, la psychologue scolaire passe son temps à nettoyer des objets déjà propres. Kevin Casey, un des médecins de Scrubs, répète constamment son nom lorsqu’il se concentre. Et bien sûr, Sheldon Cooper de Big Bang Theory doit frapper trois fois à la porte avant de pouvoir entrer dans une pièce, un comique de situation qui se répète tout au long des 9 saisons.

 

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Si cet article vous a plu et que vous voulez en savoir plus sur les troubles mentaux, rendez-vous à l’exposition Mental Désordre !

 

 

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