Triple 9, notre critique

21 mars 2016 Morgane Decoret Ciné/Séries,Tests/Critiques,

En règle générale Triple 9, le dernier film de John Hillcoat, déçoit.

 

Certains critiques disent qu’après The Proposition, The Road et Des hommes sans loi, Hillcoat continue son chemin vers la médiocrité absolue. D’autres affirment que Triple 9 vient enfin relever le niveau. Pour être honnête, je ne connais aucune de ses autres réalisations, je suis donc allée voir Triple 9 sans aprioris sur ce cinéaste.

 

Quelques idées intéressantes

Premièrement, le décor. En choisissant Atlanta, Hillcoat offre la possibilité au spectateur de voyager hors de New-York ou de Los-Angeles. Et ça fait du bien, parce qu’on en a marre de voir toujours les mêmes gratte-ciels ! En plus, Atlanta est très peu représentée au cinéma. Alors oui, ce n’est peut-être pas la ville la plus glamour des États-Unis mais au moins ça change et ça colle parfaitement à l’intrigue.

 

triple-9-atlanta

 

Ensuite, les personnages. Le réalisateur n’hésite pas à jouer avec tout un panel de personnages différents : de la mafia russo-juive, aux latinos super tatoués, en passant par les flics corrompus, les prostituées et les travestis, il y a de quoi faire !

Et enfin le titre ! Triple 9 (ou 999) est le code que la police utilise pour signaler un officier à terre. Lorsqu’on sait à quel point les forces de l’ordre détestent les tueurs de flics, on peut en effet supposer que, comme dans le film, ce code ait le pouvoir de rameuter tous les uniformes de la région d’un coup. L’utiliser dans l’intrigue pour gagner du temps lors du deuxième braquage était donc vraiment ingénieux et très bien mis en scène.

D’ailleurs, parlons-en de la mise en scène !

Plusieurs critiques ont déclaré l’avoir trouvée sobre et d’un réalisme cru. Et je suis parfaitement d’accord. Dans Triple 9, tout est soigneusement mesuré et rien n’est fait avec excès. Sur ce film, Hillcoat a été le maitre du « not too much », il n’en fait jamais trop. Les décors, tels que le poste de police ou l’immeuble abandonné, sont réalistes mais pas exagérés, le réalisateur utilise la lumière naturelle pour les scènes en extérieur et les blessures laissent échapper une quantité raisonnable d’hémoglobine.
Cependant, si Hillcoat a pris le parti de ne pas en faire trop, il n’en fait pas non plus assez. Sa volonté de sobriété rend son approche du film beaucoup trop superficielle. Il ne va jamais au cœur des choses, au centre de l’intrigue. Résultat, le scénario est bancal car pas assez creusé. Les clichés s’enchaînent les uns après les autres : une des scènes impliquant la mafia montre un couple dans le coffre d’une voiture, les mains en sang. Un des gorilles de Kate Winslet leur jette un sac plastique contenant leurs phalanges. Le but de cette scène ? Bonne question… Une exposition peut-être? Non, on ne revoit pas les deux personnages plus tard dans le film. Apparemment le seul but de cette scène est d’illustrer à quel point la mafia est méchante. Au cas où quelqu’un dans la salle ne saurait pas ce qu’est la mafia, on ne sait jamais…

 

Triple-9-mafia-russe

 

Autre que les clichés, c’est surtout l’absence de surprise et le fait que des éléments de l’intrigue soient extrêmement prévisibles qui posent problème. Kate Winslet refuse de payer le policier-afro-américain-qui-veut-récupérer-son-fils (eh oui, une fois sortis de la salle, impossible de se souvenir des noms des personnages…), et lui annonce que lui et son équipe ne recevront leur argent qu’une fois une deuxième mission effectuée. Qui l’avait vu venir ? *toutes les mains se lèvent*
Si on regarde du côté des personnages, là encore on rencontre un problème de taille. Le public n’éprouve aucune empathie pour eux. Le-policier-grand-frère se fait lentement étouffer par un sac plastique ? Ok, ça fait rien, il reste toujours celui-qui-veut-récupérer-son-fils, le-flic-qui-finit-à-l’hôpital-avec-une-balle-dans-la-tête, le-drogué-de-Breaking-Bad-qui-fait-tout-foirer, le-traitre-latino et le-gentil-flic-qui-mâche-du-chewing-gum. Mouais… et sinon qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
Ce manque d’empathie tient probablement du fait qu’on ne sait rien sur eux, sur comment ils se sont rencontrés, sur pourquoi ils ont besoin d’aller jusqu’au bout de ces braquages. Le jeu d’acteur n’est pas mauvais mais à aucun moment on ne s’identifie aux émotions qu’ils expriment.

 

triple-9-latinos

Enfin on se demande un peu ce que Triple 9 cherche à nous dire. Il n’a certainement pas été conçu pour divertir (ou si c’était le cas c’est raté) donc quel pouvait bien être le message ? Qu’est-ce que Hillcoat cherche à dénoncer ? Peut-être essaye-t-il à attirer l’attention du public vers les problèmes que rencontre la société américaine lorsqu’il montre la police prendre des pincettes avec les gangs de latinos? OK, admettons… Les flics pourris prêt à tout existent? Bof, on savait déjà… Attention, la mafia russe est méchante ? Yes ! En plein dans le mille !

 

Au final, malgré tous les efforts du réalisateur, on accroche pas vraiment. Les 10 premières minutes ont beau être sympas visuellement, le reste du film est plutôt inintéressant et on attend la fin avec impatience…

Triple 9

Le braquage tourne mal

Les plus

  • des petites originalités
  • un film réaliste et crédible

Les moins

  • un sénario superficiel
  • des personnages dont on se fiche
  • des clichés à répétition

NOTE FINALE :

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