L’histoire des Templiers, la réalité derrière le mythe

20 avril 2016 Tristan Bories Actu/Buzz,

Les Templiers ont longtemps fait fantasmer l’imaginaire collectif. Entre leurs trésors supposés et leur chute brutale, les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon n’ont pas fini de faire couler de l’encre.

 

Aujourd’hui je vais tenter de faire le point sur l’identité des Templiers en reprenant principalement ce que l’on tient pour sûr. Car le souci avec les légendes, c’est qu’elles reposent sur des récits la plupart du temps invérifiables et fantasques.

 

Sortez vos cottes de mailles, je vous emmène sans plus tarder en l’an de grâce 1129.

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La création de l’ordre des Templiers

 

Suite à la première croisade ordonnée par le pape Urbain II (1096-1099), les pèlerins affluent de tout l’occident pour se rendre à Jérusalem. Mais la tension est palpable entre Arabes et Croisés. Il faut dire que les chrétiens n’y sont pas allés de main morte lorsqu’ils ont repris Jérusalem (le fameux massacre de Jérusalem, le 14 juillet 1099), où ils ont complètement pillé la ville sainte et décapité la plupart des musulmans qui s’y trouvaient. Une vraie boucherie.

 

Et en plus de ça, les Turcs (ceux contre qui la croisade a été lancée à l’origine) possèdent toujours des avant-postes et pillent régulièrement les convois chrétiens.

 

C’est dans ces conditions qu’un groupe de chevaliers, mené par Hugues de Payns, va se rassembler afin de créer une nouvelle milice appelée Les Pauvres Chevaliers du Christ. (Attention spoiler, il s’agit des futurs Templiers).

 

Leur mission est simple. Ils doivent sécuriser les chemins de pèlerinage et surveiller les points de passage stratégiques, afin de protéger les pèlerins qui se rendent à Jérusalem. Ce petit groupe de chevaliers (moins d’une dizaine au départ), se différencient des autres par le fait qu’ils sont à la fois moine et guerrier.

présence templiers

Saint Bernard, l’homme qui a inspiré les statuts de l’ordre du Temple, dira d’eux qu’ « ils donnent la mort en toute sécurité et qu’ils la reçoivent avec plus d’assurance encore. »

 

Le roi de Jérusalem leur propose ensuite d’installer leur quartier général à un endroit qui est proche des ruines du temple de Salomon. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’ils seront rebaptisés Les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Ce qui donnera les Chevalier du Temple, puis par extension, les Templiers.

 

L’ordre est créé officiellement lors du concile de Troyes, en 1129. À l’époque, Hugues de Payns, son créateur et grand maitre, parcourt la France afin de rassembler des soutiens et les fonds nécessaires au bon fonctionnement de l’ordre.

 

La prospérité de l’Ordre du Temple

 

En moins de 100 ans, ils deviennent incontournables dans les domaines économique et militaire. Car si leur mission se trouve en Terre Sainte, ils étendent leur influence jusque dans les cours royales d’Occident.

 

En réalité, les Templiers sont séparés en deux parties. Ceux d’Occident sont chargés de générer des bénéfices à travers l’exploitation agricole de leurs différents terrains, tandis que les autres sont chargés de la défense des états latins d’Orient.

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L’ordre est présent partout en Europe (France, Italie, Angleterre, Espagne, Portugal…)  à travers une multitude de commanderies.

Leurs revenus, composés majoritairement de dons ainsi que de l’exploitation de leurs terrains, leur confèrent peu à peu une puissance phénoménale. Leur richesse leur permet même de devenir les créanciers des rois d’Occident.

 

Le départ de Jérusalem

 

Le siège de Saint-Jean-d’Acre, le 28 mai 1291, va signer le début de la fin pour les Chevaliers du Temple. En effet, la défaite sanglante des croisés entraîne le retrait des troupes franques de la Terre Sainte. L’ordre se réfugie alors à Chypre, où il possède une commanderie, puis en France.

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Le pape commence à évoquer la possibilité de rassembler Templiers et Hospitaliers, car les Chevaliers du Temple ont perdu l’objet même de leur existence : défendre les pèlerins sur les routes de Jérusalem. Les Templiers, affaiblis au sein même de l’église, deviennent alors une proie de choix.

 

La vraie menace va venir de France. Voyant l’ordre du Temple chanceler sur ses fondations, Philippe le Bel, le roi de France, y perçoit une opportunité. Il faut dire que son père, Philippe III, lui a laissé un royaume surendetté au possible, et qu’il doit rapidement trouver des solutions afin de faire rentrer de l’or dans les caisses.

 

Il cherche donc à mettre la main sur les richesses des templiers. Cela comprend de l’argent bien sûr, des biens fonciers, mais aussi les droits d’utilisation des moulins et autres fours, ce qui rapporte énormément. Le fait de saisir les biens des Templiers va ainsi permettre aux seigneurs de les exploiter.

 

Mais faire tomber l’ordre du Temple n’est pas chose facile, puisque pour cela il va avoir besoin de l’appui du pape.

Seulement les relations entre Philippe le Bel et Boniface VIII, le pape de l’époque, sont catastrophiques. Alors que le roi cherche à s’émanciper de l’influence de l’Église, le pape tente au contraire de renforcer son influence sur les monarchies occidentales.

 

Un nouveau pape pour les faire tomber

 

Pour bien comprendre ce qui va suivre, je vais vous dresser en quelques mots le contexte de l’époque. En gros, ça fait plusieurs siècles que les différentes monarchies se plient bon gré mal gré aux exigences du pape. Mais pas Philippe le Bel. Celui-ci y va franco en taxant carrément le clergé à plusieurs reprises, et ce, sans même demander au pape. La première fois c’est passé (avec un impôt occasionnel appelé la décime), mais la seconde fois (avec une nouvelle taxe, la « cinquantième ») les évêques se mettent à râler et en réfèrent directement au pape. Le ton monte, mais au final le roi de France parvient à maintenir ses positions et récolte la taxe.

 

Et alors que la tension est à son comble entre les deux hommes, voilà que l’évêque de Pamiers, Bernard Saisset, se met à contester haut et fort la légitimité de Philippe de Bel sur le trône de France. Monumentale erreur. Le roi le fait enfermer direct sans se soucier de sa position au sein de l’église. De là, le pape se chauffe à son tour et menace le roi d’une excommunication (c’est juste la sanction la plus forte que peut prendre le pape à son égard).

 

Philippe le Bel réplique en accusant le pape d’hérésie (petit échange de bombes atomiques en somme).

Et tout va basculer dans la nuit du 7 au 8 septembre 1303, lorsque le roi de France va envoyer son conseiller, Guillaume de Nogaret, notifier le pape qu’il est cité à comparaître pour illégitimité et hérésie. La scène se passe dans la villa d’été du pape à Anagni, en Italie.

 

L’homme de main du roi est alors accompagné par des opposants au pape, les Colona. Et on ne sait pas très bien ce qui s’est passé lors de leur arrivée dans la villa, mais le ton serait monté et le pape se serait pris une « gifle » ou encore un « soufflet ». Humilié, insulté, le pape meurt quelques semaines plus tard, le 11 octobre 1303…

 

Philippe le Bel parvient ensuite à placer Clément V en souverain pontife. Basé en Avignon, celui-ci va permettre au roi de France de mettre son terrible plan à exécution : l’éradication des Templiers.

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Une opération hors norme

 

Philippe le Bel, fort de l’appui du pape Clément V, lance l’opération de police la plus impressionnante de l’histoire. Il envoie des lettres cachetées à tous les baillis et sénéchaux de l’époque en leur ordonnant de n’ouvrir la lettre qu’à une date bien précise (la veille du vendredi 13 octobre 1307).

La lettre demande en fait d’arrêter tous les Templiers dans toutes les commanderies de France ce fameux vendredi 13 (maintenant vous comprenez d’où vient la superstition du vendredi 13).

Alors cette arrestation pourrait paraître presque banale, mais imaginez-vous bien qu’à l’époque il s’agit d’un tour de force magistral. Parvenir à faire arrêter l’intégralité des Templiers le même jour, partout en France (on parle ici de l’ordre de chevalerie le plus puissant de l’époque, quand même) était un pari sacrément risqué et orchestré d’une main de maître.

Arrestation des Templiers eu octobre 1307

Les Templiers sont donc arrêtés en masse et interrogés par les bourreaux du roi.

Ils sont soumis à la Question, c’est-à-dire la torture. Les Chevaliers du Temple se mettent alors à avouer un peu tout et n’importe quoi. Certains confesseront qu’ils ne sont pas de vrais chrétiens, et qu’ils s’adonnent à des rituels payens. Le but du roi était clairement de les salir afin de les éliminer.

L’ordre est dissous en 1312, à la demande du pape Clément V lui-même.

Jacques de Molay, le dernier maître Templier est brûlé sur le bûcher en 11 mars 1314 avec Geoffroy de Charnay, commandeur de l’Ordre. Si vous êtes curieux, vous pouvez même aller visiter la place où a eu lieu le bûcher, sur l’île de la Cité.

 

Les légendes

 

On lit pas mal de choses sur le fameux trésor des Templiers. Entre le Saint Graal, l’Arche d’Alliance ou encore le tombeau du Christ, si l’on se met à écouter les fables, les Templiers auraient été les gardiens d’un peu tout et n’importe quoi.

La légende du convoi secret qui aurait quitté Paris juste avant leur arrestation, le 13 octobre 1307 et probablement celle qui aura fait couler le plus d’encre. Le seul trésor Templier que l’on ait découvert pour le moment est celui de Payns, dans la ville natale du fondateur de l’Ordre. Une fournée de pièces d’époque d’une grande valeur historique, mais très loin d’un trésor façon Ali Baba.

 

La théorie de la fuite outre-Manche

 

On sait que certains templiers auraient été prévenus de l’arrestation à venir, et qu’ils en auraient profité pour fuir à l’étranger. La thèse la plus plausible est celle du départ pour l’Angleterre puis l’Écosse. Le roi anglais de l’époque, Édouard II, fut d’abord peu enclin à arrêter les Templiers. En effet, on constate qu’il faudra deux ans au roi anglais pour ordonner à ses officiers « d’arrêter tous les templiers d’Écosse qui étaient encore en liberté, et de les tenir sous bonne garde ». Bain, Calendar of documents relating to Scotland, p.103

 

Le roi d’Écosse, le fameux Robert Bruce, ou encore Robert Ier d’Écosse, aurait en effet très bien pu accueillir des Templiers en fuite. Celui-ci ayant été excommunié et menant une guerre d’embuscade contre Édouard II, on l’imagine tout à fait capable de s’opposer aux décisions royales ainsi qu’à celles du pape. Et puis on peut facilement imaginer l’avantage de pouvoir ainsi récupérer des troupes de qualité.

Cela n’est bien-sûr que pure théorie, mais avouez que c’est quand même moins farfelu que le Saint Graal.

 

On retiendra de cette épopée malheureuse l’ascension fulgurante de cet ordre atypique de moines soldats, dont la légende n’a pas fini de faire fantasmer les foules.

  • zouf

    Une fuite vers le Portugal paraît aussi plausible – le roi étant complaisant à l’égard de l’ordre.