Tarantino, génie de l’hommage ou maître du plagiat ?

5 octobre 2015 François Tassain Ciné/Séries,

Kill Quentin

Quentin Tarantino est un réalisateur américain né en 1963. Bien qu’il n’ait que huit films à son compteur, Tarantino est un des plus connus de sa génération, grâce à une filmographie exceptionnelle composée de beaucoup de films cultes. Reservoir Dogs, Pulp Fiction, Kill Bill, Inglorious Basterd et Django sont ses œuvres les plus connues.

 

Le 6 janvier sortira dans les salles françaises le dernier film de Quentin Tarantino, The Hateful Eight, ou les Huits Salopards en Français. Un film déjà suspecté de plagiat. Une bonne occasion de revenir sur la carrière de Tarantino, régulièrement accusé de repompage honteux.

 

Après la Guerre de Sécession, un chasseur de primes nommé Le Bourreau emmène une jeune femme accusée de meurtre se faire pendre à Red Rock. Alors qu’une tempête de neige fait rage et après avoir rencontré un autre chasseur de primes ils trouvent refuge dans un chalet. Déjà occupé par quatre autres occupants, le chalet est isolé par la tempête de neige. Commence alors un huis clos entre ces 8 personnages qui sont tout sauf recommandables…

 

hateful eight personnages western quentin tarantino

 

Particulièrement jouissif et intéressant, ce scénario n’a pourtant absolument rien d’original. Il est en effet repris (si ce n’est copié-collé) du scénario d’une vieille série télévisée, The Rebel, diffusé entre 1958 et 1960. Dans cet épisode baptisé « Fair Game » et se passant après la Guerre de Sécession, un chasseur de prime et sa prisonnière se retrouvent coincés en pleine tempête dans un relais de diligence au milieu d’une bande d’excités de la gâchette. Pour la petite info, cet épisode avait été réalisé par Irvin Kehsner, le réalisateur du meilleur épisode de Star Wars: l’Empire Contre-Attaque.

 

Mais voilà, est-ce qu’il s’agit d’un hommage de la part de Tarantino ou du plagiat éhonté d’un réalisateur sans imagination ? On dit souvent que la différence entre hommage et plagiat dépend du verdict du procès. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois que Quentin Tarantino est pris en flagrant délit d’inspiration massive. Voyez par vous-même.

 

CTRL+C, CTRL+V

 

Car les films de Tarantino sont bourrés de références plus ou moins appuyées envers des dizaines de films. On peut d’ailleurs reconnaître une chose: Tarantino a une culture colossale du cinéma. Énormément des plans, scénarios ou idées « reprises » ici et là le sont de films ou d’épisodes de série télévisée très obscurs voir quasi inconnus chez nous. Combien parmi vous ont fait le lien entre Hateful Eight et l’épisode Fair Game de la série The Rebel ?

 

Il en est de même pour la grande partie de ses films. Reservoir Dogs s’inspire entre autres de l’obscur City On Fire (par Ringo Lam). L’inspiration n’est toutefois pas aussi brutale que certains veulent le faire croire et qui parlent d’un quasi-remake. Lorsqu’on parle d’un scénario très spécifique, on peut s’interroger,certes.

 

Mais dans le cas d’un scénario repris des millions de fois (un flic infiltré chez des truands), peut-on réellement parler de plagiat ? De même, il n’y a pas 10 000 façons de filmer une impasse à la mexicaine… Enfin, Reservoir Dogs s’inspire de beaucoup d’autres films. L’idée des criminels désignés par une couleur vient du film Les pirates du métro (The Taking of Pellam 123 ) sorti en 1974, tandis que la narration éclatée est originaire de The Killing de Stanley Kubrick.

 

reservoir dogs city on fire impasse mexicaine tarantino

Reservoir Dogs (en haut) et City on Fire (en bas)

 

L’exemple le plus connu de plagiat « sur le fait » de Tarantino est Kill Bill. Le film (les deux parties comptent comme un tout) raconte les aventures d’une femme, la Mariée. Son mariage a tourné au massacre à cause de tueurs à gages, d’anciens complices et amis à elle. Sortie d’un long coma, elle décide alors de se venger. Un scénario assez proche du manga Lady Snowblood de Toshiya Fulita, où une femme dont le mari est tué devant ses yeux par trois hommes et une femme, décide de se venger. Plus qu’une longue explication barbante, une petite vidéo suffit pour vous donner une idée du degré « d’inspiration » se trouvant dans ce film.

 

 

On pourrait aussi citer le cas de Inglorious Basterds, qui emprunte beaucoup au film de Enzo G Castellari Une poignée de Salopards, lui-même très inspiré des Douzes Salopards de Robert Aldrich.

 

Il existe également des dizaines de vidéos énonçant les cas d’inspiration/hommages/plagiat les plus notables, dont en voici un exemple.

 

 

Ceci dit, le débat n’est pas réellement dans « Est-ce que les films de Tarantino sont bourrés de plans et d’idées empruntées aux autres ». Car c’est un fait. La question est encore une fois: est-ce de l’hommage, du plagiat et est-ce que ça remet en cause la popularité ou la réputation de grand cinéaste de Tarantino ?

 

La méthode Tarantino

 

Car soyons honnête, difficile de nier la qualité des films de Tarantino. Bien que son style soit très spécial, je vous l’accorde, nier la popularité de Pulp Fiction ou Kill Bill aujourd’hui est bien difficile. Le fait que les films de Tarantino soient souvent des patchworks d’autres films moins connus enlève-t-il à leur qualité ? Si sortir un excellent film en prenant ici et là était si facile, beaucoup d’autres cinéastes réussiraient, or ce n’est pas vraiment le cas.

 

Tarantino n’a peut-être pas beaucoup d’imagination, mais il a de la culture. Il suffit de voir le spectre colossal de films plus ou moins obscurs qu’il pille. La différence étant que Tarantino en fait des blockbusters et films cultes.

 

django unchained jamie foxx quentin tarantino

Dernier film en date du réalisateur et véritable carton, Django Unchained fait de très nombreuses révérences au Django de Corbucci (1966)

 

Tarantino use des milliers de références, et montre de cette manière l’amoureux du cinéma qu’il est. D’ailleurs, malgré ces emprunts à des films aux gens divers, les siens n’ont pas cet aspect « patchworks », et gardent une identité et une cohérence forte. Le génie de l’homme est de faire appel à des films tellement peu connus ou vieux que la nouvelle génération n’en a pas entendu parler… et attribue donc à Tarantino des plans, idées et scénarios qu’il n’a jamais conçu. Tarantino se retrouve auréolé d’une réputation d’inventeur et d’original qu’il n’est pas.

 

Certains comparent même le réalisateur à un « DJ du cinéma ». Rapport aussi bien au fait que ses films ressemblent plus à des mélanges de scènes qu’à des créations originales, qu’aux bandes-sons qu’il créé, souvent acclamées par la critique. L’homme, s’il est prompt à copier, est aussi connu pour écrire lui-même des dialogues et répliques devenues cultes.

 

Le plus drôle, c’est que Tarantino assume totalement sa manie de picorer ici et là pour faire ses films. Ainsi, en 1994, il disait à Empire Magazine:

 

« Je vole des choses dans tous les films possibles et imaginables. J’adore ça – si mes films contiennent quelque chose c’est que j’ai pris tel élément ici et tel autre là et que je les ai mélangés ensemble. Si certains n’aiment pas ça, alors tant pis, qu’ils n’aillent pas voir mes films, ok ? Je vole des choses partout. Les grands artistes volent, ils ne rendent pas des hommages. »
Deal With It

Deal With It

 

Car Tarantino, contrairement à nombreux plagieurs, (dont sa femme), n’a jamais cherché à se défendre. Les accusations de plagiat ou reproches de violences lui arrachent un fou rire au mieux, un haussement de sourcil souvent. Il raconte des histoires cool en pompant dans son imagination alimentée par ce qu’il connaît.

 

On se souvient que Godart avait dit une fois « Ce n’est d’où vous prenez les choses qui est important mais jusqu’où vous les emmenez! ». Tarantino a sûrement aimé cette citation.

 

Le problème n’est pas tant que Tarantino soit un vil plagieur. Après tout, il nous sort de grands films bien meilleurs que ses modèles. Le  reproche qui est le plus souvent fait à Tarantino, est qu’il n’aurait au final rien créé de lui-même. 

 

Django est un super western, mais a t-il apporté quoi que ce soit de neuf au genre ? Kill Bill ou Jacky Brown, pour aussi bons qu’ils soient, ont-ils changé la manière d’aborder les films d’action et les polars ? Bien que loin d’être impersonnels (on reconnaît de suite la patte Tarantino) et souvent couronné de succès malgré les controverses (souvent absurdes), les films de Tarantino ont-ils bouleversés le cinéma autant que le box-office ?

 

Des réponses auxquelles il est difficile de trouver la réponse, tant les discussions sur le sujet tournent souvent à la foire d’empoigne, entre les haters acharnés et la fanbase dévouée de Tarantino. Au final, est ce que Tarantino aura t-il influencé autant qu’il l’a été ?

 

Et vous, que pensez vous de cette manie qu’à Tarantino de piller les films des autres ?

 

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  • Kaoreen

    Reliser la phase de présentation de l article qui répond à votre question. Si peu de film réalisé, mais que des films cultes. Il n a rien inventé ? Au contraire, son style est unique et comme vous le disiez, extrêmement reconnaissable. Il prend le meilleur et le magnifie, il sait le mettre en scène pour l accorder avec le reste. Moi je dis : respect, il n a pas gagné sa popularité sans raison.

  • winsley

    C’est un génie, il a le don de mettre le doigt sur les scènes extraordinaires et de les magnifier, avec un choix d’acteurs parfait, des réparties, et des mimiques inouïes, tout est calculé, il ne laisse rien au hasard (rien que dans le 8 salopards, lorsque Val Kilmer lit la lettre de Lincoln, ses expressions sont phénoménales, il y va presque de sa petite larme, et il la relit plus tard, en sachant la vérité, et il est admiratif encore une fois, mais là, du noir qui a inventé ça pour se faire respecter, ou la condamnée qui est tuméfiée de partout arrive à jouer superbement bien). Si certains s’en offusquent, c’est qu’ils ne privilégient pas les excellents acteurs, excellents dialogues, magnifiques paysages, etc etc, je ne considère pas cela comme du plagiat, mais comme une montée en puissance d’intrigues déjà extraordinaires. Arriver à reprendre des bouts de film pour en faire des succès mondiaux, c’est donné à qui ? A peu de réalisateurs, c’est indéniable

  • Rachel

    Mais carrément raison, personne n’invente, le cinéma ne cesse de faire des remake de remake tous de plus en plus mauvais, mais lui il en fait des chef d’oeuvre !!!!!!! Peu de gens peuvent avoir ce talent. C’est du pur génie. Les dialogues sont sa marque de fabrique, c’est à ça qu’on l’identifie entre autre, regardez le bout de son tout premier film d’école my best friend birthday et vous comprendrez que cette manière d’écrire est là depuis le début !!!!