L’e-sport: des athlètes 2.0

5 avril 2016 Morgane Decoret Jeux vidéo,

L’explosion du e-sport

 

Les organisateurs de la Gamers Assembly sont ravis ! La compétition d’e-sport qui s’est déroulée à Poitiers les 26, 27 et 28 mars 2016, a rassemblé environ 19 000 visiteurs, soit 4 000 de plus que l’année passée. Ce n’est qu’un des nombreux tournois qui existent à travers le monde, mais c’est l’exemple parfait pour illustrer la tendance du sport électronique : il se développe à toute vitesse.

 

A l’international, le phénomène n’est pas nouveau : les Coréens organisent des tournois depuis les années 90. Celui-ci est rendu possible grâce notamment à la culture des cybercafés, très développée en Asie de l’Est. Lorsque les jeunes sortent de l’école, ils se dirigent immédiatement vers ces cafés, considérés comme des lieux de vie. Ils s’assoient en face d’un écran et jouent. A raison de plusieurs heures « d’entrainement » par jour, certains deviennent vite extrêmement doués. En France, en revanche, les compétitions de jeux vidéo ne sont toujours pas reconnues comme de véritables événements sportifs…

 

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Pourtant, l’e-sport ressemble beaucoup au sport traditionnel : « Il y a énormément de points communs », explique Sébastien Debs, joueur professionnel de Dota 2, « l’entraînement intensif et régulier, la notion de spectacle et de divertissement, l’économie de l’e-sport avec les sponsors, les clubs, les agents, les fans, la question de la performance, l’esprit d’équipe, la notion d’excellence… »

 

Et il est vrai que les champions d’e-sport n’ont rien à voir avec les joueurs du dimanche, en pyjama devant leur écran ! Ce sont de véritables professionnels, ils ont un planning d’entrainement, un coach, un manager, des sponsors, des fans… La discipline requiert de la concentration, soumet à un stress intense… Quand on sait que les échecs sont devenus un sport en 2000, pourquoi pas le jeu vidéo ?

 

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Richard Papillon, surnommé « Shox », champion du monde de Counter Strike en 2015

 

D’ailleurs, depuis 2015, la Corée du Sud a estimé que l’e-sport avait sa place parmi les jeux olympiques. Cela ne veut pas dire qu’ils seront présents à ceux de Rio en 2016 mais il s’agit tout de même d’une certaine forme de reconnaissance bienvenue. D’autant plus que le e-sport est encore aujourd’hui considéré par les médias traditionnels comme une activité pratiquée par des gens « qui n’ont rien d’autre à foutre de leur vie ». Antoine de Caunes et Mathilde Serrel avaient créé la polémique en 2014 en décrivant les 55 millions d’utilisateurs de Twitch comme des « addicts ». Et ils ne sont malheureusement pas les seuls à le penser… Pourtant, y a-t-il vraiment une telle différence entre regarder un match de foot et assister à une compétition de e-sport ?

 

 

Les MOBA (Multiplayer online battle arena : des jeux de combat en arène) tels que League of Legends et Dota 2, Hearthstone ; ou les FPS (First-person shooter : jeu de tir à la première personne) comme Counter Strike, Portal, Far Cry, Call of Duty… sont les jeux les plus populaires dans les tournois. Ils permettent vraiment d’instaurer une compétition entre différentes équipes. Autre avantage, les parties sont courtes : « Pour la plupart des jeux de e-sport, une manche va durer entre 15 et 40 minutes », explique Rémy Chanson, directeur e-sport chez Webedia, les jeux de stratégie dont les parties sont très longues, comme Civilization, s’y prêtent donc moins. »

 

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Le domaine a ses champions : ils sont repérés et recrutés de plus en plus jeunes. Certains sont même encore mineurs ! Ils viennent du monde entier et s’affrontent lors des nombreux événements organisés chaque année. La ESWC (Electronic Sports World Convention) est la plus célèbre car elle regroupe beaucoup de jeux et de pays différents au cours de compétitions annuelles (la prochaine étant prévue pour les 6 , 7 et 8 mai 2016) mais il existe aussi des championnats nationaux spécifiques à chaque jeu. Comme dans les autres disciplines olympiques, chaque pays se démarque dans une catégorie bien particulière : les Français sont les champions de Fifa, les Américains excellent aux FPS tandis que les Coréens semblent préférer les MOBA (en particulier Warcraft). Cependant, il existe tellement de compétitions et une variété de jeux telle que chaque nation peut gagner dans la discipline qui lui convient le mieux. La preuve, le Brésil est champion du monde…. de Just Dance !

 

 

Toutes ces compétitions ont amené la société à changer d’avis sur les « gamers ». On remarque que les gens s’intéressent de plus en plus à la discipline : les finales remplissent même des stades entiers ! Le dernier affrontement des meilleurs joueurs de Call of Duty s’est déroulé au Zenith de Paris et les matchs ont été regardés en live par des millions d’internautes ! Résultat, il est possible aujourd’hui pour les joueurs professionnels de devenir millionnaires et de voir toutes ces heures à perfectionner leurs techniques enfin récompensées.

 

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( copyright Oxent )

 

Avec le développement de l’e-sport, certaines écoles des pays scandinaves ont ouvert des sections spéciales pour entrainer les futurs champions. Les tenants du titre ont donc du soucis à se faire car avec un entrainement aussi encadré (parfois depuis de nombreuses années pour les joueurs les plus jeunes), le niveau des nouveaux compétiteurs devrait prochainement battre tous les records !

 

Une fois leur carrière terminée, ces joueurs peuvent devenir coach à leur tour et n’importe qui peut profiter de leur expérience. En effet, pas besoin d’être un pro pour faire de l’e-sport! Au même titre que le foot ou le basket, il y a des endroits ou les amateurs peuvent se retrouver pour jouer. Ils est aujourd’hui possible de trouver des adversaires à affronter dans des bars dédiés au e-sport : comme le MeltDown par exemple. Ils fonctionnent sur le même principe que les pubs et autres bar sportifs où des matchs sont diffusés sur grand écran: à un détail près… on peut boire ET jouer en même temps !

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