« Si tu fais pas 100 000 $, va voir ailleurs »: malaise chez Penguin Canada

17 juillet 2015 Mathilde de Chalonge Livres,

Brad Martin refuse de publier chez Penguin Canada les livres générant moins de 100 000$ de recettes.

 

Brad Martin Penguin Random House Canada

Brad Martin : directeur de Penguin Random House Canada

 

La culture est-elle un business comme un autre ? L’objectif des maisons d’édition est-il seulement de faire du chiffre ? Ou bien ne sont-elles pas investies d’une mission plus large, celle de diffuser et de faciliter l’accès à la culture pour tous ?

 

Ces questions intemporelles sont remises au goût du jour par le discours quelque peu provocant de Brad Martin, le directeur de la célèbre maison d’édition Penguin Random House Canada. En effet celui-ci a soutenu il y a quelques jours que Penguin n’accorderait son attention qu’à des livres générant des bénéfices supérieurs à 100 000$. Cette déclaration est d’autant plus choquante tant on sait que le marché du livre a des difficultés à tirer son épingle du jeu, à l’heure du numérique et à la multiplication des loisirs autres que la lecture.

 

Pile de dollars

I need 100 000 dollars, 100 000 dollars are what Penguin needs…

 

De l’expression « industrie culturelle », ne retiendrons-nous que le premier terme ? Si la philosophie de Penguin est de faire du profit, on peut se demander et s’inquiéter de la qualité littéraire de ses prochaines publications.

 

On comprend bien qu’une maison d’édition est une entreprise et qu’en cela elle se doit d’être viable et rentable. Toutefois les propos de Brad Martin nous laissent perplexes et pourraient bien lui coûter sa place : « « Si la personne qui défend le livre dans le cadre de la réunion des acquisitions n’a pas un point de vue convaincant sur ce titre, et qu’il essaie juste de meubler, alors je ne m’y intéresserais pas. ».

Si « meubler » veut dire pour un auteur prouver la valeur littéraire de son œuvre au-delà de sa valeur pécuniaire alors oui, on peut affirmer que pour Penguin la culture est devenue un business comme un autre.

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