S.O.S Fantômes : critique ectoplasmique

11 août 2016 Bastien Hauguel Ciné/Séries,Tests/Critiques,

Dès son annonce, le reboot/remake de Paul Feig était un film mort/né. Ressusciter cette licence phare des années 80 sentait bon l’oseille facile. Pourtant, adopter une équipe entièrement féminine était une bonne idée sur le papier, emmenant la franchise vers de nouveaux horizons et offrant quelque chose de neuf. Car, on ne va pas se le cacher, même si certains rêvaient de retrouver Peter, Ray, Egon et Winston, le film aurait certainement souffert du syndrome «Les Bronzés 3 ». Alors, au final, que vaut ce S.O.S Fantômes nouvelle génération ?

 

Le remake de trop

Ce nouveau Ghostbusters n’offre rien de plus à la franchise. Le film s’inscrit parfaitement dans l’ère du recyclage qui sévit de plus en plus à Hollywood. À l’image d’un Independance Day Resurgence ou d’un Jurassic World, ce remake souffre de la comparaison avec l’original. Même si le film tente parfois de créer son propre ton, on sent que le réalisateur Paul Feig a dû remplir un cahier des charges très strict, usant toutes les 10 minutes de fan-service peu subtile n’apportant rien à l’ensemble.

 

Les clins d’œil à l’original sont donc légions : le slimer, le bibendum chamallow, le hangar de pompiers, les caméos du cast original (pas toujours drôles d’ailleurs et ajoutés aux forceps). Le film surfe sur la nostalgie des trentenaires et sur la madeleine de Proust que représente le S.O.S Fantômes originel. Ce remake n’entache toutefois pas la vision du premier film, comme certains pouvaient le craindre.

 

slim

 

De bonnes intentions

Pourtant, le long métrage témoigne des bonnes intentions de Paul Feig, voulant rendre hommage à sa façon aux films des années 80. On sent en plus que le réalisateur a voulu avant tout faire un film féministe. Cette volonté se ressent avec le personnage du réceptionniste joué par Chris Hemsworth, « débile mais bogoss », gauche mais attachant. L’acteur, que l’on a habitude de voir dans des rôles plus sérieux (Thor, Rush), s’amuse à l’écran en cabotinant sévère. Mais son personnage n’est au final réduit qu’à un simple objet, engagé pour son physique et non pour ses compétences. À l’image d’un film qui se veut être féministe mais qui n’en a que l’intention.

 

chris hemsworth

Féminisme controversé

Hollywood manque cruellement de grosses productions portées par des femmes, mais même si l’envie était là, dans ce Ghostbusters, cela ne marche pas. Pourtant, Paul Feig possède un talent certain pour mettre en scène les femmes dans un registre comique (Spy, Les Flingueuses) mais que l’on ne retrouve pas ici. La faute à des personnages stéréotypés, copiés sur l’équipe originelle. La palme revient à l’écriture du personnage incarné par Leslie Jones, cliché sur pattes de la femme noire travaillant en tant qu’agent de métro avec un accent caricatural du Bronx. Pourquoi ne pas en avoir fait une scientifique comme les autres ?

 

De même, le personnage de Kristen Wiig censé être une savante réputée, ne peut s’empêcher de faire des remarques sur le physique de Chris Hemsworth. Seul le personnage de Holtzmann (joué par Kate McKinnon) apporte un semblant d’originalité, imprévisible et drôle. Melissa McCarthy n’arrive toutefois pas toujours à s’imposer, mais réussit à faire rire lors d’une séquence de possession. Du côté du méchant, le fait d’en avoir fait un asocial voulant détruire New York n’est pas très original mais a le mérite d’être efficace.

 

sos fantomes

De gauche à droite : Leslie Jones, Melissa McCarthy, Kristen Wiig et Kate McKinnon

Des vannes qui tombent à plat

Si les interactions entre les personnages, et en particulier l’équipe, fonctionnent plutôt bien, les blagues constantes apportent une certaine lourdeur au récit. On sent que Paul Feig a beaucoup laissé place à l’improvisation de ses actrices, ce qui donne lieu à des scènes qui cassent parfois la dynamique du récit (le karaoké improvisé de Holtzmann ?!). Si l’on rit parfois (mais pas à gorge déployée), certaines blagues ne sont pas très fines, notamment une en particulier dans les 10 premières minutes (ceux qui ont vu le film doivent comprendre mon allusion…). Amateurs de comédies américaines potaches, vous serez servi !

 

ghostbusters

Des effets spéciaux et une mise en scène convaincants

Si S.O.S Fantômes pêche dans son écriture, le travail visuel est assez intéressant. Les fantômes retranscrits à l’écran sont bluffants, teintés d’un néon bleu ou vert, reprenant l’esthétique des films originels en plus poussé. Ce parti pris pourrait en dérouter certains, c’est une question de goût. Quant à la mise en scène, Paul Feig s’en tient au nécessaire et s’en sort plutôt bien en ce qui concerne les séquences d’actions, usant de ralentis bien placés. On regrette toutefois que l’équipe se transforme petit à petit en « super-héros », notamment lors de la scène finale, contrastant avec la gaucherie des premiers ghosbusters.

 

effets spéciaux

Le bilan

Ce S.O.S Fantômes version 2016 n’est pas la catastrophe annoncée. Malgré ses nombreux défauts, le film reste divertissant pour le spectateur peu exigeant. Pétri de bonnes intentions, Paul Feig tente de s’approprier ce monument de pop culture à sa manière, mais doit faire face à un cahier des charges beaucoup trop lourd. Significatif du phénomène de recyclage hollywoodien, ce remake démontre que ce qui fonctionnait dans les années 80 ne passe plus en 2016. L’industrie cinématographique doit plus que jamais arrêter de jouer la carte de la nostalgie et proposer de nouvelles franchises originales. C’est un SOS !

S.O.S Fantômes

Dispensable

Les plus

  • Des effets spéciaux bluffants
  • Une mise en scène convaincante

Les moins

  • L'écriture des personnages
  • L'intrigue calquée sur les premiers films
  • Un fan service peu subtil

NOTE FINALE :

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