La Rentrée littéraire : tout ce que vous avez toujours voulu savoir – ÉPISODE 4

18 août 2016 Mathilde de Chalonge Actu/Buzz,Livres,

Serviettes de plages tout juste rangées, cartables d’écoliers à peine achetés, souvenirs de vacances d’été encore frais… Pas de doute, c’est la saison de la rentrée littéraire qui commence ! Chaque année, depuis la fin du XIXème siècle, le petit monde de l’édition est en effervescence entre septembre et novembre, mois de la remise des prix littéraires. Cet événement culturel spécifique à la France est devenu un incontournable du calendrier. Quels sont les dessous de cette institution ? Comment en est-on venu à publier 600 livres en trois semaines ? Faut-il parler de coup médiatique ou de fête de la littérature ?

 

 Aujourd’hui, nous nous intéressons aux auteurs de premiers romans.

 

Vous trouverez ici notre sélection d’eBooks rentrée littéraire 2016

 

Cet article fait partie de la saga Rentrée littéraire. Chaque vendredi, redécouvrez cet événement culturel incontournable :
 
Épisode 1 : petite histoire de la rentrée littéraire
Épisode 2 : les scandales de la rentrée littéraire
Épisode 3 : les jurés
Épisode 4 : premiers romans, primo-auteurs
Épisode 5 : la rentrée 2016
 
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rentrée littéraire

Épisode 4 : premiers romans, primo-auteurs…

Les libraires sont inquiets, les éditeurs stressés, les jurés tendus, les critiques affamés… La rentrée littéraire est le moment de l’année le plus attendu, le moment où l’erreur n’est pas permise. Au cœur de ce bouillonnement, certains subissent une pression supplémentaire, celle de la première fois.

 

Les éditeurs sont en quête de nouvelles voix. Le nombre de primo-romanciers est égal en 2016 à celui de 2015, mais sur un total moindre de romans français. Quatre maisons majeures, Albin Michel, Gallimard, Flammarion et Stock publient chacune trois premiers romans.

 

Ils sont une soixantaine à devoir, du jour au lendemain, assumer leur nouveau statut d’écrivain. Interviews, dédicaces, course aux prix littéraires, tournée des émissions de radio et plateaux télé…

Ils doivent gagner la bataille médiatique et se faire une place aux côtés d’une Amélie Nothomb, Jean d’Ormesson ou Patrick Modiano. Heureusement pour eux, les poulains de l’édition intriguent, amusent : on veut les connaître, eux, pour ce qu’ils sont, tout autant que pour ce qu’ils écrivent.

Ils sont jeunes (enfin, la plupart du temps) et fringants, ils sont la littérature de demain. Comment gère-t-on une rentrée littéraire quand on est un jeune premier ?

 

Séduire les libraires

Les jeunes premiers doivent savoir parler d’eux. Avant de rencontrer les médias, ils font la promotion de leurs œuvres auprès des représentants des maisons. Ces derniers se chargent de faire la tournée des librairies afin de vendre leurs titres et achalander au mieux leurs rayons.

Les primo-auteurs, plus que les autres, doivent séduire les représentants. Sur 600 romans publiés pour la rentrée littéraire 2016, seuls soixante-six sont des premiers romans. En moyenne, ils sont tirés à cinq cents exemplaires. Quand les éditeurs décident de miser gros sur leur poulain – prévoyant des tirages importants, ils doivent motiver cette prise de risque.

 

Librairie image

 

En quelques minutes, les romanciers doivent présenter leurs romans, chapeautés pour les éditeurs. C’est le moment, pour le petit monde de l’édition, de découvrir de nouveaux visages, de se laisser subjuguer par une nouvelle plume, ou de s’attendrir face à la timidité de certains, encore peu à l’aise dans l’exercice.

Les romanciers doivent parfois mettre de côté le thème même de leur récit, pour raconter la genèse de celui-ci : l’histoire du livre devient l’argumentaire préféré des librairies. Pour un premier roman, l’on se demande comment l’auteur s’est découvert une vocation d’écrivain, l’on s’étonne de la jeunesse de celui-ci, l’on s’intéresse au métier de cet ancien étranger au monde des lettres…

Souvenez-vous, quand Harry Potter sortait à l’été 1997, la mythologie autour de l’écriture du roman  était presque aussi importante que les aventures du sorcier : l’on se passionnait pour JK Rowling, mère célibataire, désargentée, qui écrivait dans un bar de Londres.

Utilisant la même recette, Nelly Kaprièlian, chroniqueuse aux Inrocks et primo-romancière en 2012, faisait de l’acquisition d’un manteau de Greta Garbo dans une vente aux enchères, le point de départ de sa carrière d’écrivain.

 

Les primo-auteurs doivent apprendre à vendre leur livre mais, également, à se vendre eux-mêmes.

 

Emballer les médias

 

Cette présentation aux libraires, sas de décompression estival avant la déferlante de septembre, est une première approche de la célébrité pour les jeunes auteurs. Les livres de la rentrée, envoyés aux chroniqueurs littéraires au cours de l’été, sont déjà connus des médias quand ils arrivent en librairie en août. Pourtant, c’est véritablement en septembre, quand tous les Français rentrent de vacances, que les journaux, radios et plateaux télé s’intéressent au phénomène. Les auteurs auront eu deux mois pour se préparer à l’exercice.

 

Il est des lieux où il faut être. 65, c’est le nombre de programmes qui abordent le livre sous diverses formes sur les dix-huit principales chaînes de télévision ou stations de radio. La Grande Librairie sur France 5 est the place to be pour assurer la stratégie promotionnelle de son ouvrage.

 

La Grande Librairie : François Busnel

 

 

Les talk-shows français, s’ils invitent des romanciers, préfèrent les grandes pointures, certains d’avoir une audience correcte, plutôt que les primo-auteurs. L’année dernière, la première invitée d’On n’est pas couché était Christine Angot.

Toutefois, les primo-romanciers peuvent bénéficier d’un effet de surprise favorable. Après tout, n’est-on pas lassé de voir toujours les mêmes têtes ?

Leurs particularités peuvent étonner les médias. Age, profession, physique… Quand il s’agit d’un premier auteur, l’on est curieux de tout. C’est à eux de trouver le trait de caractère singulier qui les démarquera des autres, cette chose qui doit les rendre indispensables. Quitte à devenir la bête de foire.

 

Line Papin, plus jeune romancière avec l'Eveil (Stock)

Line Papin, plus jeune romancière avec l’Eveil (Stock)

 

Habituellement, l’on s’intéresse toujours au plus jeune et au plus vieil auteur de la rentrée. Cette année, c’est Line Papin, 21 ans et François Mayer, 91 ans qui obtiendront une couverture médiatique plus importante que leurs pairs, en raison de leur âge.

Les célébrités, polyvalentes, seront choyées par les services de presse. Les actrices Lou Bohringer et Charlotte Valandrey, les réalisateurs Stéphane Benhamou et Négar Djavadi, tout comme le dramaturge Guy Boley auront à justifier leur passage à la littérature.

 

Une narration originale étonnera toujours : cette année,  Cathrine Baer adopte le point de vue d’un chiot dans Darius à Grendelbruch. Ali Zamir, quant à lui, s’est pris pour Mathias Enard (Goncourt 2015) et publie Anguille sous Roche, un roman qui tient en une seule phrase de 320 pages. Ce choix narratif lui vaut déjà d’être bien classé dans la compétition pour les prix littéraires.

 

De l’audace, il en faut, pour se démarquer. En 2014, Leïla Slimani nous faisait entrer dans Le Jardin de l’ogre par une scène érotique crue, sans lumière tamisée. Son personnage de nymphomane lui avait valu de se faire repérer. Frederika Amalia Finkelstein, la même année, annonçait de but en blanc dans L’Oubli : « Je le dis sans honte : je veux oublier, anéantir cette infâme Shoah« . Plus provoc’, cela n’existe pas.

2016 ne déroge pas à la règle : les jeunes premiers dérangent. Garde-corps, de Virginie Martin débute par une scène de viol interminable.

 

Vers la gloire

Le Goncourt du premier roman, décerné en marge du prix Goncourt par l’Académie Goncourt depuis 2009, est la plus belle distinction que les primo-romanciers peuvent décrocher. Il prend la suite des bourses Goncourt, attribuées depuis 1990. A l’instar du César du meilleur espoir, il en dit long sur la carrière qu’un écrivain peut espérer. En 2010, Laurent Binet en fut le lauréat, tout comme Hédi Kaddour en 2006, deux auteurs auréolés de prix en 2015. Jean-Baptiste Del Amo, prix Goncourt du premier roman en 2009 revient cette année avec Règne animal, publié chez Gallimard. Cette année, je prends pari pour Anguille sous roche d’Ali Zamir.

 

Laurent Binet

Laurent Binet

 

Découvrez le dernier épisode de notre saga !

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