Pourquoi regarde/écoute/lit-on les mêmes œuvres en boucle ?

10 février 2017 Morgane Decoret Ciné/Séries,Jeux vidéo,Livres,

On a tous une liste de films à regarder, de séries à commencer, de musiques à écouter, de livres à lire et de jeux vidéo à tester… Personnellement, la mienne est longue comme le bras !

 

Du coup lorsqu’on se pose la question « Bon qu’est-ce que je vais bien pouvoir regarder/écouter/lire ? » (tous les soirs, weekends et jours fériés), il suffirait simplement de prendre le premier nom sur la liste ! Mais non, à chaque fois on revient aux choses que l’on connaît par cœur ! Il existe tellement d’ œuvres culturelles que même si l’on y passait nos journées, il faudrait plusieurs vies pour pouvoir tout visionner / écouter / lire…

 

 

Alors pourquoi toujours les mêmes œuvres en boucle ???

 

Pourtant, on veut essayer ce film que tout le monde a vu sauf nous, tous nos proches nous ont dit à quel point on allait l’adorer, ça fait trois ans qu’on l’a acheté et on ne l’a toujours pas déballé… Il est totalement illogique de le laisser de côté et pourtant, on y peut rien, c’est plus fort que nous, il faut que l’on regarde celui dont on pourrait jouer le personnage principal sans problème !

 

Qu’importe que ce soit la dixième, centième ou même millième fois qu’on l’utilise ! On a tous un film ou une série que l’on pourrait regarder quoi qu’il arrive, un CD fétiche dont on a appris les paroles des chansons sur le bout des doigts, un livre que l’on peut ouvrir à n’importe quelle page…

 

Mais comment se fait-il que l’on ne puisse pas s’en empêcher ?

 

 

La nostalgie

 

La plupart de nos œuvres culturelles préférées sont liées à une période très précise de notre vie. Les soirées entre amis, les vacances, les coups de blues… Bien souvent, ces souvenirs remontent à l’enfance : un dessin animé, une histoire ou une berceuse entendu(e) en boucle. Ils sont gravés dans notre mémoire et le fait de raviver ces souvenirs nous procure des émotions.

La jeunesse est la période la plus marquante de la vie. Les personnes âgées se souviennent davantage de leur vie lorsqu’elles avaient entre 10 et 30 ans que du reste.

 

 

L’effet de « simple exposition »

 

C’est scientifiquement prouvé, les gens préfèrent les choses auxquelles ils ont déjà été exposés. Du point de vue de l’évolution, c’est parfaitement logique : si je connais déjà, je sais que ce n’est pas dangereux (ou dans ce cas-ci, chiant).

Sans compter que plus nous sommes exposés à quelque chose, plus notre sentiment positif à son égard augmente. Vous n’avez jamais entendu la phrase « Au début je détestais cette chanson mais à force de l’écouter ça va mieux » ?

 

 

Le confort

 

Essayer quelque chose de nouveau comporte des risques : et si c’était nul ? Du coup, entre regarder un film pour la énième fois et se lancer dans l’inconnu total, on a tendance à choisir la sécurité. Au moins on est sûr de passer un bon moment. Pourtant, avec tous les moyens qui existent aujourd’hui, ça ne nous prendrait que 30sec pour arrêter le programme en cours et en choisir un autre… Oui mais voilà, on considère qu’un moment de détente doit être plaisant et il a déjà été suffisamment compliqué de choisir un film en premier lieu alors répéter le processus entièrement… non merci !

 

 

 

Le principe de « régulation émotionnelle »

 

Ce principe est très simple : le fait de connaitre les œuvres par cœur nous permet de nous rassurer. Pas de surprise, la fin est prévisible. Nous restons maîtres de nos émotions à tout moment : c’est ça la régulation émotionnelle.

 

 

Un pouvoir de création

 

Elizabeth Hellmuth Margulis, une universitaire spécialiste de la cognition musicale, a étudié les mécanismes du cerveau devant la répétition. Elle explique : «Quand on écoute une chanson plusieurs fois, on finit par l’entendre en avance, en imaginant ce qui va arriver avant même que cela se produise. On a l’impression que l’on est à l’origine du son grâce à notre imagination.»

 

La répétition serait donc à l’origine de cette illusion de création. Cette sensation d’imaginer la musique avant même que les notes ne soient jouées est extrêmement agréable pour notre cerveau. C’est pourquoi nous voulons la reproduire encore et encore en écoutant, regardant, lisant toujours la même chose.

 

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Voilà, vous avez maintenant l’excuse parfaite ! La prochaine fois que l’on vous lancera « Tu en as pas marre de regarder/lire/écouter toujours la même chose ? », vous pourrez répondre : « C’est pas ma faute, mon cerveau est accro à la sensation illusoire de son propre pouvoir créateur ! »

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