On était au Salon du Livre rare !

28 avril 2016 Mathilde de Chalonge Actu/Buzz,Livres,

Notre compte-rendu d’un Salon exceptionnel

Ce weekend avait lieu le Salon international du Livre rare, de l’autographe, de l’estampe et du dessin au Grand Palais. Organisé par le Syndicat national de la librairie ancienne et moderne, avec pour invité d’honneur le fonds patrimonial Jeunesse heure joyeuse, le salon regroupait 150 exposants venus du monde entier ainsi que 50 galeristes d’estampe et de dessin. L’équipe du Mag a eu la chance de pouvoir se promener dans les allées et de toucher avec les yeux un patrimoine littéraire, graphique et artistique aussi riche que varié.

Estampes, autographes et livres anciens tout juste rangés, il est temps de vous livrer le compte-rendu de notre visite au Salon du Livre rare !

 

Une histoire du Salon…

C’est en juin 1984 que naquit le Salon du livre rare, à l’initiative du Syndicat national de la Librairie ancienne et moderne, alors présidé par Jeanne Laffite. Organisé dans un premier temps à la Conciergerie, ce haut lieu porteur d’histoire semblait le plus à même d’accueillir les aficionados des beaux livres et des objets d’art. Il connut tout de suite un grand succès et tous les deux ans les libraires du monde entier prirent l’habitude de venir présenter leurs incroyables et diverses collections.

La Conciergerie : Paris, France

La Conciergerie

 

À partir de 1993, le Salon migra à la Maison de la Mutualité et le rendez-vous des bibliophiles devint annuel dès 1995. Depuis 2007 la Nef du Grand Palais (célèbre pour la Foire internationale d’Art contemporain) réunit sous son toit, non seulement, le Salon du Livre ancien, mais également celui de l’estampe et du dessin, organisé par la Chambre syndicale de l’estampe, du dessin et du tableau.

 

Salon du livre rare

 

Ce rendez-vous devenu incontournable est une des plus grandes et des plus belles manifestations du genre. Chaque année, 150 exposants et 50 galeristes se pressent pour dévoiler au grand public un magnifique patrimoine littéraire, graphique et artistique. Le salon est une occasion unique pour s’immerger dans notre mémoire collective. Les allées du salon sont autant d’occasions de déambuler dans une immense librairie et de goûter au charme de plusieurs milliers de documents. Toutes les époques, tous les styles et tous les supports sont représentés. Des manuscrits d’écrivains célèbres, aux psautiers du XIIIe siècle en passant par les lettres de Marcel Proust, sans oublier sanguines, aquarelles ou œuvres abstraites, le Salon brille par sa richesse et sa diversité.

 

 

Une édition 2016 sous le signe de la jeunesse

Salon du Livre rare 2016

 

Cette année, l’invité d’honneur était le fonds patrimonial Jeunesse Heure Joyeuse.

La bibliothèque l’Heure Joyeuse, inaugurée en 1924 fut la première bibliothèque dédiée aux enfants. Au fil des décennies, elle s’est enrichie et rassemble la littérature pour enfant du XVIe siècle à nos jours. Le fonds patrimonial a profité d’importants dons provenant à la fois d’éditeurs – Rageot ou François Ruy Vidal, bibliophiles et chercheurs. Aujourd’hui, il possède 80 000 livres, dessins originaux, livres d’artistes et archives. Le Grand Palais a accueilli sous sa Nef les plus beaux spécimens de sa collection : abécédaires, livres en tissu, coloriages, albums soviétiques mais aussi ouvrages numérisés… de quoi redevenir une petite fille émerveillée le temps d’une visite !

 

abécédaire La journée de Roger : Heure Joyeuse

 

Album de coloriage : l'Heure joyeuse

 

Les enfants étaient d’ailleurs nombreux à se presser pour les séances de dédicace des illustrateurs d’albums. Henri Galeron, Philippe Huger, Jacqueline Duhême, George Lemoine étaient là pour satisfaire parents et plus petits.

 

La thématique « Enfance » a été suivie durant tout le Salon. Le département des Estampes et de la Photographie a dévoilé à un public amateur des œuvres souvent peu exposées. De la Renaissance à l’époque contemporaine, de Jésus au portrait familial, l’enfant a toujours eu une grande place dans l’art.

La tendresse maternelle était à l’honneur : on pouvait ainsi admirer une Sainte Famille datant de la Renaissance ainsi que des œuvres plus intimes comme Le Baiser de Mary Cassat. Les scènes de la vie quotidienne, l’école et les loisirs avaient aussi la part belle dans ce Salon avec les eaux-fortes de Bosse ou les dessins de Fragonard.

Bosse : Le maître d'école

 

Mary Cassat : Le Baiser

Mary Cassat : Le Baiser

Nos coups de cœur

Vous l’aurez compris, le Salon du Livre Rare brille par sa richesse et sa variété. D’ailleurs, pour être exact, il faudrait dire à chaque fois « Salon du Livre rare, de l’estampe, de l’autographe et du dessin ». On a pu déambuler des heures dans les allées avec l’impression d’être à la fois dans une librairie géante et un musée génial, capable de mêler Montaigne et Sagan, pop-art et estampes japonaises. Dans une ambiance détendue et parfois studieuse, le Salon a mis les petits plats dans les grands pendant trois jours.

Salon du livre rare : Le livre magique

 

Il serait trop long de vous parler de tout ce qu’on a vu, et je préfère vous parler de mes coups de cœur personnels.

A l’occasion de ce salon, je me suis découvert une passion pour les lettres manuscrites et autographes. Au stand de la librairie Henri Vignes j’ai été émue de voir le portrait des quarante petits enfants de Victor Hugo, signé de la main de l’auteur, la correspondance d’André Breton, ou encore un peu plus loin sur un autre stand, une lettre de Bacon, qui faisait état de l’avancement de son travail.

Lettre autographe de Bacon

 

Soudain, ces écrivains et artistes prenaient vie sous mes yeux, s’échappant des manuels d’Histoire ou autre Lagarde et Michard qui les enterrent un peu plus chaque année avec joie. Je me disais « Ce type (oui Victor Hugo, je t’appelle « ce type ») a vraiment existé ! ». Même si je n’avais jamais douté de ce fait, celui-ci se transforme en réalité quand vous avez sous vos yeux une correspondance intime.

J’ai également été séduite par les livres hors-normes, qu’il s’agisse de la collection d’almanachs brodés en version miniature de la librairie des Trois Islets ou des livres géants de la librairie allemande Nudhart.

 

Le salon était divisé en deux parties de sorte que livres & autographes et art graphique se faisaient face. On pouvait ainsi quitter l’ambiance librairie pour se plonger dans l’ambiance « musée » très facilement. J’ai été surprise de découvrir des œuvres très peu exposées et je pense que tous les visiteurs ont pu se rendre compte du caractère exceptionnel du salon. J’ai adoré les estampes de Clauzel aussi noires qu’un Soulage, le paravent japonais de Ruetz Kotobiki ou encore les œuvres pointillistes de Signac, tout juste échappées du Musée d’Orsay.

Jacques Clauzel : Estampes

Une estampe de Jacques Clauzel

 

Bref, j’étais ravie.

 

Des moments insolites

Aller au Salon du Livre rare c’est aussi faire un grand pas en arrière dans l’Histoire… pour mieux la saisir et la comprendre ! Deux stands ont particulièrement retenu l’attention du Mag : Les Ateliers Moret et la papeterie Richard de Bas.

 

Pour le premier, il s’agit d’un atelier de taille-douce, c’est-à-dire l’ensemble des procédés de gravure en creux sur une plaque de métal. L’atelier de la famille Moret, vieux de 70 ans, a formé de nombreux apprentis qui ont contribué à faire évoluer le métier de graveur.

 

Atelier Moret : gravue

Si autrefois les graveurs étaient considérés comme de simples « copistes » d’œuvres d’artistes, avec les années ils ont peu à peu gagné leurs titres de noblesse, acquérant le titre de maître-artisan voire d’artiste. En effet, le graveur est aujourd’hui plus libre dans son savoir-faire : l’artiste-graveur utilise des méthodes non conventionnelles qui lui permettent de laisser sa trace, sa patte, sur le travail. Autant de graveurs, autant de techniques. Les Ateliers Moret étaient particulièrement fiers de nous partager leur passion, devant un public studieux.

 

La fabrication du papier

 

L’autre stand qui attirait beaucoup de monde était celui du Moulin Richard de Bas où l’on apprenait en direct à… faire du papier ! Dernier moulin à papier en activité en Auvergne, le Moulin Richard de bas perpétue une tradition ancestrale vieille de 2000 ans ! Né en chine en 105 apr. J.-C., le papier mit un peu de temps à s’installer en Occident. Les centres papetiers apparurent en France et en Europe à partir du XVe siècle. Au plus fort de l’activité, 300 moulins répartis le long des cours d’eau fonctionnaient dans les trois vallées papetières ambertoises, fabriquant le papier feuille à feuille à la main à partir de chiffons de récupération. Si les exposants n’avaient pas pris le moulin sous le bras, en revanche ils avaient apporté le traditionnel cadre de bois et le tamis pour apprendre à un public aussi curieux qu’émerveillé la fabrication du papier.

 

Moulin Richard de Bas : Fabrication du papier

 

 

Ainsi, le Salon du Livre rare, de l’autographe, du dessin et de l’estampe était bien l’endroit où il fallait être ce weekend. Cette plongée dans notre patrimoine et notre mémoire collective a mis un peu de soleil dans la grisaille parisienne. Si vous n’avez pas eu l’occasion de vous y rendre cette année, je vous recommande vivement de faire cette visite, seul ou en famille, en 2017.

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