Notre critique de Nerve, le thriller 2.0 des adolescents

29 août 2016 Mathilde de Chalonge Ciné/Séries,Tests/Critiques,

Voyeur ou joueur ?

Oubliez Pokémon Go. Nerve est le dernier jeu en ligne à la mode dans une Amérique contemporaine.

Le concept est simple : les utilisateurs se divisent en deux clans, les joueurs et les voyeurs (« Are you a watcher or a player ? » scande en boucle la voix-off de Nerve). Les premiers répondent aux défis lancés par les seconds, le tout en direct, caméra à la main. Ce jeu en ligne, provocateur, dangereux et, bien sûr, illégal, réunit des centaines de milliers d’utilisateurs dans le monde. Pour chaque défi relevé, les players reçoivent un gain financier sur leur compte en banque.

La jeune et douce Vee, jouée par Emma Roberts, veut prouver à ses amis et à elle-même qu’elle n’est pas qu’une simple suiveuse. Elle s’inscrit sur Nerve en tant que joueuse et croise rapidement le chemin de Ian, joué par Dave Franco, en répondant à un premier défi : embrasser un inconnu dans un bar.

 

Tel est le pitch de Nerve. Le scénario du « cap ou pas cap » n’est pas sans rappeler celui de Jeux d’Enfants mais, le réalisateur le transpose à un niveau collectif et virtuel. Les défis lancés par les utilisateurs sont de plus en plus fous. On passe d’un banal « action ou vérité » (sans la vérité) à une course contre la mort, d’une ambiance « jeu de la bouteille » (Vee va-t-elle oser embrasser un inconnu dans un bar), à une ambiance « jeu du foulard ».

 

 

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Une société de performers

Le film Nerve est tiré d’un roman, Addict, écrit par Jane Ryan en 2013. Cette fable cyberdystopique pour Young adult n’a pas fait beaucoup de bruit quand elle est sortie en librairie. Peut-être ne résonnait-elle pas assez avec l’actualité d’il y a trois ans ?

 

La diffusion en direct de tout et n’importe quoi nous est aujourd’hui familière, contrairement à il y a trois ans. En 2013, Periscope, le service de Twitter qui permet de streamer en public et en direct des vidéos prises n’importe où dans le monde, n’existait pas.

On se souvient des événements diffusés en direct au début de l’année 2016 : agressions, insultes, suicide… Et derrière, des spectateurs, une fascination pour le morbide, des pulsions voyeuristes excitées.

 

Nerve entre en résonance avec d’autres applications. Être rémunéré pour une performance en direct, Twitch le propose, principalement pour les jeux-vidéos. Ici, les players et watchers sont les casteurs et viewers.

Les défis stupides existent aussi sur Youtube : le Kelly Jenner challenge (gonfler ses lèvres avec un verre pour ressembler à la starlette Kardashian), Ice Bucket challenge (renverser un sceau d’eau glacé sur quelqu’un), Food challenge (ingurgiter des quantités astronomiques de nourriture), Jelly Belly challenge (manger des bonbons au goût de vomi) etc etc… Si la plupart de ces défis ont un esprit bon enfant, certains ont dérapé.

 

Nerve reprend ces tendances pour les pousser un peu plus loin.

 Nerve : watcher ou player

D’après une histoire vraie : Nerve

Nerve s’adresse aux 12-25 ans, et, comme tout film pour ado, est un peu didactique.

 

« Attention les jeunes, les réseaux sociaux peuvent conduire au pire. A utiliser avec précaution » pourrait être le sous-titre du film. Les deux beaux lycéens (il est d’ailleurs un peu difficile de faire passer Emma Roberts et Dave Franco pour des adolescents de 17 ans… Un peu comme John Travolta qui, dans Grease, avait déjà 25 ans…) nous montrent le droit chemin.

Le film est supposé se dérouler en 2020 mais il pourrait se dérouler aujourd’hui : Vee utilise Skype pour téléphoner à ses copines, elle stalke les footballeurs du lycée sur Facebook, écoute sa musique sur Spotify… Tous ces effets de réel sont autant de moyens pour impliquer le spectateur dans l’histoire : Nerve, finalement, pourrait très bien exister dans notre monde actuel.

 

 

Nerve appelle les utilisateurs des réseaux sociaux à prendre leur responsabilité. En effet les voyeurs, n’ont pas le sentiment de participer aux défis dangereux : passifs, ils les regardent, de loin. Pourtant, ne leur revient-il pas la charge du crime, quand quelqu’un meurt après avoir relevé un défi lancé par les voyeurs ? L’anonymat sur Internet, les pseudos et les écrans agissent comme des remparts : nous considérons le « je » d’internet comme une fiction, dissocié du « je » de la « vraie vie ». Le film, d’ailleurs, reprend ouvertement l’esthétique d’Anonymous. L’anonymat couplé à l’effet de groupe fait des utilisateurs des êtres sans foi ni loi, racistes et sexistes.

C’est bien cette attitude que Nerve entend dénoncer : même cachés derrière des avatars, nous n’en restons pas moins responsables de nos actes et paroles.

Nerve : Dave Franco et Emma Roberts

Des abdos et des pectoraux : bienvenue dans le film pour ados

 

 

Comme tout teen-movie, Nerve n’échappe pas aux facilités du genre : Une belle blonde, un garçon craquant et un peu mystérieux, quelques scènes à l’humour presque gras permettant de les voir en sous-vêtements, une bande-son pop acidulée, des pom-pom girls et des footballeurs… Bref, Nerve ne cherche certainement pas à révolutionner le genre. Le scénario laisse parfois à désirer, tout comme le jeu des acteurs.

 

Pourtant, on se laisse facilement prendre au jeu de ce petit-film sans prétention, au budget limité, loin des superproductions de l’été 2016. Indulgents, on oublie vite les défauts pour passer 1h36 fort agréable.

Nerve

Un bon divertissement en prise avec l'actualité

Les plus

  • Une critique intelligente des réseaux sociaux
  • Un thriller divertissant

Les moins

  • Un teen-movie qui n'échappe pas aux clichés

NOTE FINALE :

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