Mordheim, la critique d’un des meilleurs rpg tactique de ces dernières années

23 novembre 2015 François Tassain Jeux vidéo,

La Malepierre dans la peau

Nous sommes en 1999 du calendrier impérial. Alors que l’Empire est en pleine guerre civile, des dizaines de milliers de gens se sont réfugiés à Mordheim, symbole de neutralité. Et un jour, une comète à deux queues, symbole de Sigmar, dieu tutélaire de l’Empire, apparaît dans le ciel de Mordheim. Excités par le retour de leur Dieu, les habitants affluent de toute part… et se font tous tuer alors que la comète s’écrase en plein milieu de la ville.

 

Mais on a de la chance dans le malheur, car la comète, en s’écrasant, a dispersé des morceaux de Malepierre. Brillant d’une lueur verte, ces dernières peuvent transformer le plomb en or, allonger l’espérance de vie… et causer maladies et mutations.

 

La boîte de base de Mordheim en 1999

La boîte de base de Mordheim en 1999

 

C’est dans ce contexte très difficile que se déroule le jeu de figurine Mordheim. Créé en 1999, il mettait en scène deux joueurs, commandant une bande de guerriers représentés par des figurines. Le but ? Engranger monnaie, Malepierre et expérience. Un jeu d’escarmouche légendaire dans le milieu de wargame. En sommeil jusqu’ici, le voilà qui fait un retour très inattendu en jeu vidéo !

 

L'introduction, en reprenant les images du livre de règle de Mordheim, instaure dès le début une excellente ambiance

L’introduction, en reprenant les images du livre de règles de Mordheim, instaure dès le début une sacré atmosphère

 

Dans le jeu, quatre bandes sont jouables. Les hommes rats appelés Skavens l’utilisent pour leurs machines, leurs armes et la magie. Les possédés, derniers survivants de Mordheim en proie à la folie, y voient leur seule porte de salut. Les sœurs de Sigmar, épargnées par la comète, cherchent à défendre leur vie et détruire la Malepierre. Les mercenaires humains, comme ma bande et moi, cherchons à en tirer profit. Notre sponsor, un noble très puissant, y voit un excellent outil pour ses futurs plans…

 

Warband Manager

 

Se lancer seul dans Mordheim relève du suicide. La première étape est donc de se constituer une équipe. Au début, il s’agit d’un chef, par exemple un capitaine mercenaire comme mon illustre ancêtre, Franz von Tassenhof. Il peut aussi s’agir d’un assassin Skaven, d’une matriarche Sigmarite ou encore d’un Magister.

 

Ces chefs sont assistés de quelques héros avec un fort potentiel (sœur supérieure, coureur d’égout, mage, possédé…). Enfin, des hommes de mains plus faibles constituent le reste de la bande.

 

Une fois nos premiers combattants recrutés, il convient de les équiper, en allant au marché. Celui-ci actualise ses produits chaque semaine. On y trouve des épées, des haches, des armures, des arquebuses… de quoi bien équiper ma troupaille.

 

mordheim fiche de personnage

Plus d’une centaine de compétences permettent de customiser au poil près chaque personnage. Il est possible de les renommer, leur rédiger une biographie ou modifier leur apparence.

 

L’argent est le nerf de la guerre, et dans la ville de Mordheim, tout tourne autour de l’or. Recruter des hommes ? De l’or. Le soin et le salaire ? De l’or. L’équipement ? De l’or. Apprendre de nouvelles compétences ? De l’or. Enchanter l’équipement ? De l’or. Mais il faut aussi de la Malepierre.

 

La malepierre, magie noire solidifiée, est au centre de l'histoire.

La Malepierre, magie noire solidifiée, est au centre de l’histoire.

 

Chaque semaine, je dois envoyer une cargaison de Malepierre à mon mécène. Si j’y arrive à temps, je suis récompensé en or, et j’ai le droit à plus de délais. Ma réputation augmente aussi : j’ai accès à de meilleurs hommes à recruter, et les marchands acceptent de me vendre leurs marchandises à bas prix. Si j’échoue, les demandes sont plus élevées, et après trop d’échecs, game over : la partie se termine.

 

 

En plus de mon mécène, il existe des factions mineures, à qui je peux vendre plus cher ma Malepierre au détail, et non pas au gros. En leur vendant de la Malepierre, ma réputation grandit et je gagne d’autres bonus. Mais ces factions sont rivales entre elles… donc mieux vaut bien choisir mes alliés.

 

Un didacticiel très complet explique le fonctionnement de tout le jeu, avec 4 combats d'entraînements.

Un didacticiel très complet explique le fonctionnement de tout le jeu, avec 4 combats d’entraînements.

 

Mais alors, comment récupérer cette Malepierre ? En allant au charbon, pardi !

 

Band of Brothers

 

Si je passe un quart de mon temps à gérer mes hommes dans mon camp, le reste du temps, je vais sur le champ de bataille avec eux. Et autant vous dire que ce n’est pas une tâche facile. Les ennemis sont constamment à égalité ou supériorité numérique. Mais c’est au combat que mes hommes gagnent de l’expérience. Et c’est aussi une excellente occasion de faire le plein de Malepierre et d’équipement sur les cadavres des ennemis.

 

Malheureusement pour ces initiés du chaos, Ludwig se débrouille très bien avec une hallebarde

Malheureusement pour ces initiés du chaos, Ludwig se débrouille très bien avec une hallebarde

 

Il est possible de faire une bataille par jour. À moi de choisir quel scénario est le plus intéressant. Il y en a une demi-douzaine (course à la Malepierre, combat à mort, embuscade), sur d’immenses portions de la ville générées plus ou moins aléatoirement. Même si tout se passe dans la même ville en ruine, aucun combat n’est le même. On n’affronte pas ces agiles, mais fragiles Skavens de la même manière que des soeurs de Sigmar, lourdement armées et adeptes du marteau.

 

Ces chaotiques ne veulent pas me laisser prendre cette malepierre. Ils vont donc prendre mon marteau. En plein visage.

Ces chaotiques ne veulent pas me laisser prendre cette Malepierre. Je vais donc me contenter de leur vie.

 

Chaque combattant agit selon son initiative : plus vous êtes lourds, plus vous êtes lents. Deux ressources sont utilisées. Les points de stratégie servent à se déplacer, grimper, sauter en contrebas, recharger, utiliser des compétences de soutien et des postures défensives. Les points d’action servent à attaquer, changer d’arme, utiliser des compétences d’attaque (comme un coup dans les valseuses) et les postures offensives. Ils servent aussi à contre-attaquer après une parade réussie.

 

mordheim combat

A noter que seules les chances de toucher sont affichées, pas les chances d’esquive ou de blocage de l’ennemi, ce qui créé de mauvaises surprises et grosses frustrations

 

Il faut bien calculer l’ordre d’action et ne pas faire de bêtise. Attaquer à deux contre un est LA règle de base. La ville en ruine offre énormément de manœuvres possibles, avec des maisons sur plusieurs étages ou des échafaudages. Attaquer l’ennemi d’en haut, le bloquer à un endroit ou le contourner sont autant d’options possibles. Options nécessaires, car la mort arrive très vite dans Mordheim, et 4 coups suffisent généralement pour mettre quelqu’un à terre.

 

À noter une originalité : il n’y a pas de vue aérienne. On prend le contrôle de chacun de nos hommes, que l’on contrôle librement. Ce qui permet une sacrée immersion, malgré une caméra parfois à la ramasse.

 

mordheim caméra

Impossible de voir les ennemis en dessous. La caméra rend les sorts difficiles à lancer.

 

Chaque camp se bat généralement à nombre égal. Pour gagner, il faut mettre en déroute l’ennemi. Pour cela, une seule manière : les démoraliser. À chaque fois qu’un homme tombe au combat, le moral baisse. Si on  arrive à tuer le chef ennemi, l’impact est énorme. Une fois à moins de 25%, l’ennemi doit faire un test de déroute à chaque tour. S’il échoue, c’est la défaite.

 

La posture d'alerte permettra à cet arquebusier de tirer sur le premier ennemi passant à portée.

La posture d’alerte permettra à cet arquebusier de tirer sur le premier ennemi passant à portée.

 

Chaque camp possède aussi un chariot. Dans ce dernier, il est possible de déposer tout ce qui a été ramassé. Mes hommes ne peuvent pas trimbaler toute une armurerie, et personne ne veut se balader avec plus que quelques morceaux de Malepierre. Le chariot possède aussi une idole, à laquelle prier augmente la résistance à la magie et aux effets de la Malepierre. Voler l’idole de l’ennemi fait tomber son moral en flèche. Défendre son chariot et piller celui de l’ennemi, c’est tout un art !

 

Lorsque la mission se termine, on repart avec le chargement et ce qu’on a dans nos poches. Même en cas de défaite, tout ce qui a été entreposé dans le chariot est gardé. Le défaite est cruelle, mais jamais synonyme de Game Over. Une fois la bataille terminée, on récapitule les gains matériels, l’expérience gagnée et les blessures.

 

Ma première bataille s'est vraiment bien passé

Ma première bataille s’est vraiment bien passée

 

À chaque fois qu’un personnage tombe à 0 PV (Points de Vie), il subit des blessures, qui sont aléatoires. Bras arraché , mâchoire déboitée, voir la mort. Le plus souvent, ce ne sont que des blessures légères. On doit s’y faire. Un de mes meilleurs hommes avait perdu un oeil. Il n’en était pas inutile pour autant. Certes, ses tirs étaient moins précis. Mais l’homme restait un vétéran aguerri, et je l’ai gardé. Il arrive aussi qu’un soldat se soit échappé sain et sauf, sans perte notable.

 

Une fois proprement amélioré, cet homme de main se transformera en véritable machine de guerre... s'il n'est pas mort avant.

Une fois proprement amélioré, cet homme de main se transformera en véritable machine de guerre… s’il n’est pas mort avant.

 

L’expérience permet d’entraîner un homme dans un domaine particulier et d’apprendre des compétences, ce qui rend les vétérans très précieux. Plus les hommes sont expérimentés, plus la bande l’est, ce qui permet de recruter plus d’hommes, voir même des mages ou des ogres !

 

Mordheim, ton univers impitoyable

Mais l’histoire d’une bande ne se fait pas que dans des rencontres « aléatoires ». Chaque race possède une histoire, avec des missions scénarisées. Pas d’affrontement avec une bande de force égale, mais face à des ennemis en surnombre, des boss et des objectifs variés. Ainsi, pour la première mission scénarisée, j’ai dû escorter un combattant de renom dans des égouts infestés de Skavens. Le but, faire sauter tout leur camp afin de reprendre le port, et faciliter le transit des marchandises.

 

La première mission de la campagne des humains tourne vite au film d'horreur

La première mission de la campagne des humains tourne vite au film d’horreur

 

Il est aussi possible d’affronter d’autres joueurs, dans des combats d’exhibition ou réels, c’est à dire, avec expérience, butin et blessures comptabilisées. Des affrontements encore plus prenants que ceux contre l’IA, même si cette dernière s’en sort assez bien.

 

Un excellent ajout est le système vétéran. À chaque fois que je réussis une tâche (plusieurs victoires à la suite, finir le jeu avec une faction, acheter beaucoup d’objets, massacrer toute une bande ennemie), je gagne de l’expérience, montant mon niveau de joueur. Ces niveaux débloquent plusieurs bonus pour TOUTES MES BANDES : plus d’or à la création de la bande, niveau maximum augmenté, chances d’avoir des enchantements gratuits, ainsi que d’autres compétences propres à chaque bande.

 

Avec le temps, le système vétéran offre d'énormes avantages.

Avec le temps, le système vétéran offre d’énormes avantages.

 

En clair, même si votre bande est vouée à l’échec, continuer jusqu’au bout est conseillé, puisque l’expérience engrangée avec elle servira aux autres. Les efforts de ceux qui ne renoncent pas sont toujours récompensés.

 

On n’attendait pas grand-chose de Mordheim, la surprise n’en est que plus agréable. Doté d’une durée de vie phénoménale, extrêmement complet, accrocheur et équilibré, Mordheim est un des meilleurs, si ce n’est le meilleur jeu tactique depuis XCOM. Très dur au début, Mordheim est impitoyable sans être injuste, et sous sa plastique austère et vieillotte, cache un véritable diamant brut.

Mordheim, City of the Damned

39,99€

Un hommage réussi

Les plus

  • Profondeur de gameplay ahurissante
  • Durée de vie phénoménale
  • Respect total de l'univers

Les moins

  • Errements de la caméra
  • Extrêmement addictif et chronophage
  • Un peu plus de bandes (nains ? répurgateurs ?) aurait été bienvenu

NOTE FINALE :

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