Millénium, le retour de la série immortelle

18 septembre 2015 Mathilde de Chalonge Livres,

Ce qui ne tue pas rend plus fort

 

Millénium sans Stieg Larrson ? Est-ce comparable à Genesis sans Peter Gabriel, c’est à dire bien mais moins bien même à partir du moment où Phil Collins a repris la suite ? Ou bien est-ce du même acabits que la suite du génial Rebecca de Daphné du Maurier, par Susan Hill, c’est à dire un navet ? Ou pire encore, est-ce que ça ressemble à la suite d’Autant en Emporte le Vent où soudainement Scarlett devient une chiffe molle et tombe dans les bras de Rhett ?

 

Le dernier Millénium ça donne quoi ? C’est un peu la question que tout le monde se pose depuis le 26 août. Et comme tout le monde l’a posée j’ai décidé d’aborder le sujet d’une manière un peu différente.

 

Millenium-Opus-4-Saga-Ce-qui-ne-tue-pas

 

Pour ceux qui n’auraient pas vraiment suivi la saga Millenium parue entre 2005 et 2008 chez Actes Sud, l’a été à titre posthume, après le décès de son auteur en 2004. Dix ans plus tard David Lagercrantz, ancien reporter suédois, a été choisi par la maison d’édition Norstedts pour reprendre le flambeau.

 

Cette suite, avant même d’être éditée, avait fait couler beaucoup d’encre. Les amis et la famille de Stieg Larrson s’étaient indignés contre la maison d’édition, Norstedts, l’accusant d’opportunisme et de vouloir faire ressusciter les morts. L’ancienne campagne de Stieg Larrson, Eva Gabriellson avait même assuré que l’auteur aurait désapprouvé une telle décision.

 

David Lagercrantz a lui aussi subi des critiques personnelles, étant traité de criminel et de Gripsou par les fans de la série.

C’est vrai que la publication en grande pompe de 2.7 millions d’exemplaires laisse rêveur quant au cachet que David Lagercrants recevra… Tel un Rolling Stone enchaînant les tournées, vous avez peut-être aperçu le Mick Jagger du polar à la Fnac de Saint Lazare à Paris répétant « C’est MON livre, c’est MON livre« . Une paternité bien dure à assumer, mais surtout bien dure à prouver.

 

David-Lagercrantz

Money, money, money, must be funny in a rich’s man world ?

 

Finalement seule la lecture du roman pouvait mettre un terme à ces polémiques. Millenium 4 est-il le fils légitime de Stieg Larrson ou bien est-il né de la cuisse gauche ?

Et si on posait le problème différemment ?

Il faut prendre le nouveau Millenium pour ce qu’il est : un roman d’un écrivain qui n’est pas Stieg Larrson. Ne nous attendons pas à retrouver son style dans ces cinq cent pages. On serait bien déçu puisque la plume de David Lagercrantz est celle d’un reporter : les phrases claquent, pas de fioriture, sujet-verbe-complément, emballé, c’est pesé. Le style peut paraître plat, comparé à celui de Stieg Larrson, mais il est efficace.

Mais plutôt que de vous parler en détail du dernier opus de la Saga, j’aimerais partager avec vous la  – mince – réflexion que la publication de Millenium m’a amenée à entamer sur les suites.

Millenium 4 ce n’est pas Millenium 1-2-3.

Même si nous retrouvons les personnages que nous avons tant aimés, j’ai essayé de les appréhender d’une manière différente et de me détacher de ce que j’avais lu précédemment.

Un peu comme une adaptation cinématographique ! On sait que ça ne va pas être comme on se l’était imaginé : Daniel Radcliffe est trop petit, Emma Watson joue trop mal, Hedwidge est moche, Pattenrond n’est pas assez gros… Pourtant on a fini par s’habituer aux films et à trouver les acteurs attachants.

Pour ma part j’essaye toujours de dissocier livres et films : ma lecture de Twilight est dissociée de mes séances Popcorn Twilight. La distance temporelle m’aide à établir une cloison entre les industries culturelles (même si le matraquage hollywoodien n’aide pas, je l’avoue !).

On peut également dresser un parallèle avec les fanfiction. On part d’une base et on s’en éloigne, on adapte, on accommode à sa sauce, on accepte que la fanfiction soit née de la cuisse gauche, faisons de même avec la suite de Millenium !

millenium-film

Rendons à Stieg ce qui appartient à Stieg mais également à David ce qui appartient à David

Soyons juste avec les deux auteurs et considérons les à part égale.

Ok, l’idée originale est de Stieg Larrson, il n’empêche que ces cinq cent pages ne se sont pas écrites par l’opération du Saint Stieg. David L n’est pas un criminel, seulement quelqu’un qui rend un bel hommage à Stieg, un auteur qui a marqué sa génération.

Bien sûr vous me direz que je suis naïve et qu’il s’agit d’une histoire de gros sous, tant pis je suis trop jeune pour être aigrie …

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