Les Malheurs de Sophie : un apprentissage intemporel

19 avril 2016 Mathilde de Chalonge Actu/Buzz,Ciné/Séries,Livres,

Comment les Malheurs de Sophie ont éduqué des générations d’enfants

 

Les Malheurs de Sophie – ainsi que ses suites Les Petites filles modèles et Les Vacances, font partie des romans favoris des enfants, en particulier des petites filles, depuis leur publication dans les années 1850. Adaptées trois fois au cinéma mais également au théâtre, en dessin-animés et en bande-dessinés les aventures de la facétieuse Sophie restent intemporelles et n’ont rien perdu de leurs vertus éducatives. Demain encore verra la sortie au cinéma par Christophe Honoré d’une nouvelle version du succès de la Comtesse de Ségur.

Roman d’apprentissage de la bibliothèque rose, il donne également une belle leçon sur ce que sont la famille ou l’amitié et offre une étude pas si enfantine des rapports humains.

150 ans plus tard, Sophie, Paul, Marguerite, Camille et Madeleine n’ont pas pris une ride.

 

Un roman d’apprentissage pour les plus jeunes

 Illustration : Les Malheurs de Sophie

 

Les Malheurs de Sophie voient grandir l’héroïne autant qu’ils font grandir ses lecteurs. Chaque bêtise est l’occasion pour l’héroïne de tirer des leçons sur ses erreurs même si, il faut l’avouer, elle n’en rate pas une ! Elle est à la fois capable de se brûler à la chaux, de manger le pain des chevaux, de se coincer dans un tronc d’arbre, ou de se bâfrer de crème. Sophie permet à ses lecteurs de vivre par procuration toutes les bêtises qu’ils auraient été tentés, sinon, de réaliser. Lire les Malheurs de Sophie à vos enfants vous fera économiser beaucoup de temps et d’énergie.

 

Le roman fait penser aux Fables de La Fontaine : il est composé de saynètes constituées elle-même d’un corps (l’histoire d’un malheur) et d’une morale. Cette construction traditionnelle répond aux exigences du roman à cette époque : la littérature doit instruire et plaire, ou plutôt, elle instruit en plaisant. Les Malheurs de Sophie s’inscrivent dans la continuité du précepte antique d’Horace « Docere et placere » et des fables d’Esope qui ont elles-mêmes inspiré celles de La Fontaine.

L’histoire d’un malheur, dans laquelle chacun peut se reconnaître, permet d’assimiler une morale un peu aride et impersonnelle sinon : elle prend chair grâce à son transfert narratif. Le récit séduisant fait passer la pilule de la leçon…

 

Une Fable de La Fontaine : Le Lièvre et la Tortue

Une Fable de La Fontaine : Le Lièvre et la Tortue

 

Chaque épisode permet à Sophie d’avancer vers la raison et de se rapprocher de Camille et Madeleine, les petites filles modèles. Elle apprend à tempérer ses « sept défauts capitaux » au gré de ses malheurs. Ainsi sa gourmandise se calme après s’être empiffrée de pain pour les chevaux, de poires ou de crème. Sa colère finit par s’apaiser même lorsque son cousin Paul la taquine sur sa tortue tout comme l’envie qui la ronge dès lors que Madame de Réan la corrige pour avoir volé sa boîte à ouvrage.

 

Les Malheurs de Sophie fonctionnent selon le credo « action-réaction ». Dès que Sophie désobéit elle est punie en conséquence. Le Bien et le Mal sont définis dès le premier épisode et la construction manichéenne du roman est évidente : Sophie est le « bon petit diable » et ses amies les petits anges.  Elles sont récompensées pour leurs vertus et indiquent clairement aux jeunes lecteurs la marche à suivre.

 

Grandir avec Sophie : le naufrage d’un monde idyllique

Les Vacances : La Comtesse de Ségur

 

Au fur et à mesure que l’on pénètre dans le monde des adultes, la suite des épisodes des Malheurs de Sophie se détache de la construction manichéenne de son univers. En effet, Madame de Réan qui était sèvre mais juste envers sa fille disparaît tragiquement dans le naufrage de la Sybille. Cet événement dramatique qui voit également mourir les parents de Paul, son cousin préféré, remet en cause le monde simpliste et rassurant des Malheurs de Sophie. Les Petites Files modèles montrent aux enfants que la vie est parfois injuste et que les tragédies touchent aussi les personnes bonnes et vertueuses. Ce deuxième tome ébranle toutes les leçons du premier : il apporte désordre et chaos dans un monde logique et ordonné.

 

Le personnage de Madame Fichini, la belle-mère de Sophie, y fait son apparition fracassante et amène avec elle la méchanceté et la cruauté dans ce monde d’adultes autrefois idyllique.

 

Ainsi la Comtesse de Ségur s’adapte à son public qui grandit au fil de ses lectures. Si le premier tome des Malheurs de Sophie s’adressait à des jeunes enfants, la suite des aventures des Réan parle à un public plus âgé. Traitant de thèmes comme la mort, le manque, la cruauté et la tristesse, il rompt avec le ton des histoires.

 

Une analyse des rapports familiaux

 

Les rapports humains dépeints dans le tome II restent très actuels et c’est en ce sens que l’on peut dire que les histoires de Sophie sont un apprentissage intemporel de la vie en général. En effet de nombreux lecteurs ont éprouvé une relation houleuse avec leur belle-mère, refusant, comme Sophie, de voir leur père ou leur mère remplacé par une ou un autre.

 

Ce roman d’apprentissage met également en valeur l’amitié entre enfants mais aussi entre adultes. Camille et Madeleine prennent sous leur aile Sophie et la protègent du fouet de sa belle-mère alors que la petite fille n’est pas toujours très tendre avec elles. Toutes les personnes honnêtes et bonnes du roman s’emploient à éduquer ceux qui cherchent encore le chemin de la vertu. Ainsi tous jouent le rôle de tuteur ou de parent avec Sophie et autres brebis égarées.

Les personnages des Petites filles modèles et des Vacances, excepté ceux qui endossent le rôle de méchant comme Madame Fichini, ont à cœur de recréer le monde idéal, ce microcosme utopique dans lequel ils vivaient avant le naufrage de la Sybille.

Leur amitié est telle qu’elle constitue peu à peu une nouvelle famille, unie et aimante. Ainsi Paul l’orphelin est adopté par les parents de Marguerite, qu’il épousera plus tard. Les mères de Camille et Madeleine acceptent de prendre Sophie sous leur protection quand elles se rendent compte que Madame Fichini en est incapable. Sophie finit par épouser le cousin de Camille et Madeleine, Jean. Tous les personnages en viennent à avoir un lien de parenté. Si cela peut nous sembler étrange aujourd’hui, voire limite incestieux, il est certain que le propos de la Comtesse de Ségur était de mettre en avant la force d’une amitié capable de devenir une seconde famile.

Image extraite du dernier épisode du dessin-animé, Les Malheurs de Sophie

Image extraite du dernier épisode du dessin-animé, Les Malheurs de Sophie

 

Ainsi les Malheurs de Sophie ne se résument pas au simple récit de la vie d’une fillette casse-cou et facétieuse. Ils trouvent leur public à tout âge et demeurent à ce jour un des romans d’apprentissage les plus aboutis de l’histoire de la littérature jeunesse.  On est impatient de découvrir le film de Christophe Honoré et de voir quelle tonalité il a pu donner aux aventures de la petite fille.

Réponse demain dans les salles ! 

, ,