La littérature britannique nous fait rêver… pas l’américaine !

23 juin 2016 Morgane Decoret Ciné/Séries,Livres,

Les anglais sont les maîtres des histoires merveilleuses: vive la littérature british!

 

Harry Potter, Narnia, Le Seigneur des Anneaux… ce sont des châteaux, des épées, des personnages extraordinaires en route pour des aventures extraordinaires… Tant d’histoires qui nous ont fait rêver ! Et devinez quoi ? Elles ont toutes été écrites par des britanniques !

 

 

Mais alors, où sont les Américains ?

 

Eh bien à part transformer les livres qu’on adore en blockbusters (et on les en remercie), les contes merveilleux ce n’est pas vraiment leur truc !

 

Si on compare deux monuments de la littérature américaine et de la littérature britannique, disons Huckleberry Finn (Mark Twain 1884) versus Harry Potter (J. K. Rowling 1997-2007) par exemple, on remarque de nombreuses différences. Si les deux récits font l’éloge des défis relevés par nos chers orphelins, ces deux personnages n’ont pas du tout la même vie. L’un est un apprenti sorcier à qui on enseigne la magie dans un château en Écosse pour qu’il puisse vaincre un mage noir tout puissant, l’autre un vagabond qui descend le Mississippi sur son radeau et qui lutte avec sa conscience pour avoir libéré un esclave.

 

Jim et Huck suer leur radeau littérature

 

L’américain Huckleberry Finn vit des aventures certes, mais son histoire ne contient ni combats à l’épée, ni créatures surnaturelles et certainement pas de magie.

 

Sur le vieux continent en revanche, ce genre de récits pullule : Le Vent dans les Saules (Kenneth Grahame 1935), Alice au Pays des Merveilles (Lewis Carroll 1865), Winnie L’Ourson (Alan Alexander Milne 1926), Peter Pan (J. M. Barrie, 1ère apparition dans Le Petit Oiseau blanc 1902), Le Hobbit (J. R. R. Tolkien 1937), James et la Grosse Pêche (Roald Dahl 1961) , Narnia : Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique (C.S. Lewis 1950).

 

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Illustration par Thamzmasterpiece

 

Les enfants britanniques ont donc l’habitude d’entendre des contes merveilleux peuplés de créatures magiques et leur imagination les renvoie dans ces mondes fantastiques une fois endormis. Les enfants américains eux, sont élevés de manière plus ancrée dans le réel et leurs histoires sont plus souvent imprégnées d’une morale chrétienne. Ce style a tout de même réussi à produire des chefs d’œuvres tels que : La Petite Maison dans les grands bois (Laura Ingalls Wilder 1932), L’Appel de la Forêt (Jack London 1903), La Toile de Charlotte (E. B. White 1952), Les Quatre Filles du Docteur March (Louisa May Alcott 1869) ou encore Les Aventures de Tom Sawyer (Mark Twain 1876)…

 

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Pas du tout le même style donc… mais pourquoi ces deux littératures sont-elles si différentes ?

 

 

L’atmosphère

Tout d’abord, la vie aux États-Unis et celle en Angleterre sont totalement différentes. Le paysage n’est pas le même, l’atmosphère non plus et cela se ressent dans la littérature. En Grande Bretagne, on ne peut pas faire trois pas sans tomber sur un château en ruines, des mégalithes dressés, des forêts sacrées… La magie flotte dans l’air et la brume renforce encore ce caractère mystérieux. Ça n’est pas pour rien que J.K. Rowling a décidé de situer Poudlard dans les Highlands écossais : une terre de légendes où règnent les créatures magiques…

 

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En Grande-Bretagne, les stéréotypes veulent que les gens vivent dans des fermes ou des petits cottages fleuris. On retrouve ce charme pastoral dans les histoires : les lapins de Beatrix Potter qui s’amusent dans les champs, Winnie l’Ourson qui se promène dans les bois avec son ami Jean Christophe…

Les manoirs de campagne où se retrouvait l’aristocratie pour des fêtes mondaines étaient entourés par la nature. C’est d’ailleurs là qu’Alice a trouvé le passage vers le Pays des Merveilles.

 

Au contraire, le continent américain se définit par une nature des plus sauvages s’étendant à perte de vue. Gigantesque, hostile, on est loin du côté cosy de la campagne anglaise… Les personnages qui peuplent les villes démesurées sont on ne peut plus réels : fais tes valises Mary Poppins ! Ici on préfère vanter les mérites de gens ordinaires qui ont fait des choses extraordinaires!

 

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La religion et les croyances

Au paroxysme de la puissance romaine, l’Angleterre avait été soumise à Rome. Cependant, les Pictes d’Écosse continuaient à résister. Les romains ont donc construit le Mur d’Hadrien et en ont fait une frontière de l’empire. Au sud, la civilisation ; au nord, la barbarie. Le message de Dieu, facile à répandre à l’intérieur de l’empire s’est heurté à plus de difficultés au nord du mur d’Hadrien. Cette frontière délimitait donc l’avancée de la chrétienté sur l’île.  En conséquence, malgré tous les efforts des missionnaires chrétiens, la Grande Bretagne n’a jamais complètement abandonné ses légendes païennes. D’ailleurs, ces récits ont toujours eu tendance à être considérés comme des demi-vérités historiques : un garçon élevé par un sorcier et nommé roi pour avoir réussi à retirer une épée magique d’un rocher, ça vous dit quelque chose ? Arthur a-t-il vraiment existé ou n’est-il qu’un mythe ? La frontière est assez floue…

 

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Aux 19ème et 20ème siècles, les gens n’avaient toujours pas abandonné les croyances des anciens celtes. Ils admettaient l’existence de portails conduisant à des mondes parallèles que des êtres surnaturels pouvaient traverser pour venir dans le nôtre. Quand on pense à Harry Potter et la voie 9 ¾, l’armoire magique de Narnia, La poudre de la fée Clochette qui permet de s’envoler et de tourner à la deuxième étoile à droite avant de continuer tout droit jusqu’au matin jusqu’au Pays Imaginaire, on se dit que ces croyances n’ont pas complètement disparu.

 

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Côté français, on semble avoir été très inspirés par ce concept. Dans les romans de Pierre Bottero, la jeune Ewilan fait un « Grand Pas » pour se téléporter d’un monde à l’autre. Dans Arthur et les Minimoys de Luc Besson, Arthur rapetisse à mesure qu’il passe à travers la longue vue de son grand père pour rejoindre les Minimoys.

 

 

Les vertus et la morale

Les Américains en revanche, ont cherché à se détacher totalement des légendes de la mère patrie après leur traversée de l’Atlantique. Ils sont arrivés dans un pays sauvage, où il fallait travailler dur. Le labeur est un des piliers de leur philosophie puritaine et seul l’effort permet l’élévation sociale. Cet amour du travail est inculqué aux enfants dès leur plus jeune âge. Il faut accepter les difficultés de la vie et essayer de toujours voir le bon côté des choses. On retrouve cette mentalité dans des livres comme Pollyanna (Eleanor H. Porter 1929) et Le Petit Train bleu (Watty Piper 1930).

 

Jerry Griswold, un professeur de l’université de San Diego spécialisé en littérature enfantine, précise quand même que les Américains aussi sont capables d’écrire des histoires fantastiques. Toutefois celles-ci sont ancrées dans le réel : à la fin du Magicien d’Oz, Dorothée révèle que le magicien n’est qu’un charlatan et qu’il n’a pas de vrais pouvoirs magiques.

 

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Une littérature uniquement concentrée sur le pardon divin et les impératifs moraux prend très vite des airs de sermon. Pas beaucoup de place au rêve donc. Et c’est bien dommage car se retrouver dans un monde imaginaire pour vivre des aventures est exactement ce que les enfants attendent d’une histoire.  Au cours de leur vie, ils chercheront forcément à enfreindre les règles et le fait de voir un personnage avoir les mêmes réactions leur permet de s’identifier automatiquement.

 

C’est probablement pour cette raison qu’ils préfèrent la littérature du vieux continent car les Britanniques eux, se soucient beaucoup moins de ce qui est moralement juste ou pas (du moins aux XIXème et XXème siècles) et peuvent se permettre d’inventer des personnages qui se sortiront de situations dangereuses grâce à la ruse et à la tromperie. On le voit quand Bilbon Sacquet piège Gollum avec son jeu de devinettes dans le Hobbit, ou quand la souris invente un stratagème pour ne pas se faire manger par le Gruffalo.

 

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Bilbon et Gollum jouent aux devinettes, illustration du livre de J.R.R. Tolkien par Alan Lee

 

 

Qui mérite d’être célèbre ?

Les histoires américaines se concentrent davantage sur les exploits de gens ordinaires comme Daniel Boone (18ème-19ème siècle), un explorateur américain et un pionnier de la colonisation qui permit la migration de milliers d’Européens grâce aux routes qu’il avait tracées et sécurisées. Parmi les autres héros populaires américains on trouve Davy Crockett, un homme politique défenseur des trappeurs, ou encore Calamity Jane, qui prit part à la conquête de l’Ouest et qui joua un rôle important dans les guerres indiennes. Tous ont réellement existé et ont rendu de grands services au pays qui les considère à présent comme ses héros : ils ont véritablement mérité leur célébrité.

 

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On oublie alors les héros de la littérature traditionnelle comme les rois, les princes et les princesses: les américains rejettent toute cette aristocratie qu’ils ont fuie en quittant l’Europe. Au revoir le Roi Arthur et bonjour le Prince et le Pauvre ! Totalement interchangeables, les personnages de cette histoire prouvent bien que rien ne justifie la supériorité de certains et promeut le concept de la démocratie.

 

 

L’importance du rêve

Le rêve est absolument nécessaire chez l’enfant. Dans son livre Psychanalyse des Contes de Fées publié en 1976, Bruno Bettelheim explique comment les contes merveilleux répondent à leurs angoisses en les informant sur les épreuves à venir et les efforts qu’ils auront à accomplir avant d’atteindre leur maturité.

Même une fois arrivés à l’âge adulte, il nous est nécessaire de nous évader quelques heures et de nous imaginer possédant la force, l’intelligence ou le courage de tel personnage, afin de nous sentir mieux dans notre peau. Nous avons besoin de vivre des aventures, même imaginaires pour échapper au caractère routinier de notre vie. Et quoi de mieux qu’un monde parallèle rempli de créatures surnaturelles pour ça ? La littérature britannique est donc tout indiquée!

 

 

Nouvelle tendance

Aujourd’hui, la littérature américaine laisse de plus en plus de place au genre fantasy avec des personnages évoluant dans des mondes certes très proches mais tout de même différents du nôtre : le Royaume des Anciens de la saga de Robin Hobb (1998-2016) ou encore les Quatre-Terres sorties de l’imagination de Terry Brooks (1993-2016). Cependant, les romans qui ont le plus de succès appartiennent au genre dystopique : ce sont des utopies cauchemardesques. Divergente (Veronica Roth 2011), Hunger Games (Suzanne Collins 2008) ou encore Le Labyrinthe (James Dashner 2012) en sont de parfaits exemples. Là encore, pas de magie, pas de prédestinée mais des personnages méritants qui assument leurs choix difficiles face à une situation désespérée. Si ceux-ci sont admirés pour leur bravoure et leur témérité, il n’y a cependant que très peu d’identification. Les fans de Narnia adoreraient posséder la fameuse armoire, ceux du Seigneur des Anneaux ne demandent qu’une chose, que Gandalf les comptent parmi les membres de sa troupe et ceux d’Harry Potter donneraient tout pour obtenir leur lettre d’admission à Poudlard. Ceux de Hunger Games sont en revanche, beaucoup moins enthousiastes à l’idée de visiter Panem et plutôt contents de rester au chaud dans leur fauteuil…

 

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Toutefois, puisque que la fiction permet de préparer l’enfant ou l’adolescent aux problèmes auxquels il sera confronté plus tard, les dystopies se révèlent parfaites pour comprendre les défis que les générations futures auront à relever: réchauffement climatique, catastrophes naturelles, menace nucléaire…

 

Il faut aussi noter que l’écart énorme entre la littérature anglaise et américaine est en train de se réduire. Il s’avère que les américains sont également capables de nous faire rêver ! D’ailleurs, quand ils le font, ils frappent plutôt fort : le Camp des Sang-Mêlés de la saga de Percy Jackson (Rick Riordan 2005) est un refuge pour demi-dieux qui se définit comme un lieu coupé du monde, un peu comme Poudlard et l’île de Westeros dans Le Trône de Fer (Game of Thrones pour les fans de la série ; écrit par G.R.R. Martin en 1996), est un monde imaginaire complètement à part. Tous deux sont devenus de véritables phénomènes de la littérature d’heroic fantasy américaine.

 

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