La Horde du Contrevent, notre critique d’une épopée aérienne

16 septembre 2015 François Tassain Livres,Tests/Critiques,

En pleine tempête

 

Plus grand succès de Alain Damasio, la Horde du Contrevent est aujourd’hui considérée comme un incontournable de la science-fiction française.

 

Récompensé par le grand prix de l’imaginaire en 2006, la Horde du Contrevent s’étale sur plusieurs centaines de pages (700 pour la version poche), mais se termine en deux semaines. Un livre facile à lire ? Pas vraiment non. La Horde du Contrevent est une expérience exigeante. Le livre bouffe son lecteur de l’intérieur, et seul l’épuisement complet ou une obligation sociale mettent fin à la lecture. Qui reprendra de plus belle à la première occasion.

 

Sauver le monde, ensemble

 

La Horde du Contrevent prend place dans un monde à sens unique. Nord et Sud sont recouverts de glaciers infranchissables, et seule la progression d’Est en Ouest est faisable, faute à des vents terribles qui soufflent avec ardeur et rendent toute traversée périlleuse.

 

La Horde du Contrevent va les affronter. Composée de 23 courageux aventuriers, celle-ci part de la ville d’Aaberlas à l’extrême Aval, pour aller jusqu’au bout du monde, l’extrême Amont. Le but ? Remonter à la source des vents martyrisant sans cesse cette Terre ovale. Qu’y trouveront-ils ? Chacun d’entre eux a une idée. Le paradis originel, le néant, leur point de départ, une gigantesque hélice ? La réponse, le lecteur l’aura à la fin de ces 700 pages et ces 35 ans de voyage.

 

La Horde, jusqu’au bout !

 

La puissance du livre réside dans ses personnages. Chaque aventurier a son rôle, son identité, son histoire. Certains bien-sûr ont une plus grande importance que d’autres, mais ils apportent tous leur pierre à l’édifice, afin d’ériger au final une saga aussi épique que cohérente. Chacun des 23 hordiers prend la parole au début de chaque paragraphe afin de nous conter sa version de l’histoire. On retrouve d’ailleurs un symbole à chaque fois que l’interlocuteur change, celui-ci indique au lecteur qui est en train de parler.

 

horde du contrevent alain damasio Horde golgoth furvent artwork

 

Si le système est compliqué au départ, malgré la présence d’un marque-page récapitulatif, il en devient vite naturel. Chaque membre de la Horde possède un style bien à lui qui le rend immédiatement reconnaissable. Golgoth, brutal et colérique, jure, ordonne, toujours dans l’exagération. Erg pense par phrases courtes, tranchées et efficaces. Caracole philosophe et se moque.

 

Cette alternance très fréquente de styles donne un rythme, un punch incroyable à la narration. JAMAIS on ne s’ennuie. On voit les événements sous plusieurs points de vue et on découvre les personnages avec grand plaisir.

 

Vous en aimerez certains, en détesterez d’autres. Incroyablement consistants et humains, dans leurs relations internes (leur voyage dure depuis 30 ans !) et leur vision du monde, les personnages sont LA réussite de cette épopée. Golgoth le traceur, haineux, colérique, haïssable, mais admirable de bravoure et de sacrifice. Sov, calme, sage et affuté. Erg, silencieux, presque psychotique, mais à la loyauté et au talent indéniables.

 

horde du contrevent alain damasio oroshi vif artwork

 

S’ils ont un rôle dans la narration, ils en ont aussi un dans l’histoire. Chacun a sa tâche : Erg protège le groupe, Callirhoée s’occupe du feu, Oroshi sent et prévoit le vent, Darbon et Tourse chassent… Ils forment un tout, ils forment la Horde, qui avance soudée et groupée, toujours, sous les injonctions de Golgoth hurlant « Pack ! Pack ! » face aux vents qu’ils affrontent et qu’ils nomment Slamino, Stèche, Choon, Crivetz, Furvent… et d’autres encore plus terribles.

 

Et le monde ne fut plus jamais le même

 

S’il se démarque par sa charismatique Horde, le roman d’Alain Damasio étonne aussi par son vocabulaire. Les expressions et la syntaxe propre à ce monde, les styles littéraires totalement différents, le parler de chaque personnage… La Horde du Contrevent ressemble à une ode à la langue française et sublime les événements avec une justesse incroyable.

 

Car des événements, il y en a ! Que ce soit le combat marathon de Erg, le duel linguistique entre Caracole et Selème, ou encore le chaos déclenché par un furvent surprise, le tout s’enchaîne sans se ressembler. On se retrouve à mettre un post-it toutes les 10 pages devant une péripétie épique ou une réplique marquante.

 

horde du contrevent alain damasio fréoles bateau volant artwork

 

Avec ses personnages matures, La Horde du Contrevent  aborde un grand nombre de thèmes (avenir, héritage, maternité, amour, estime de soi, mort…) qu’il arrive à traiter en profondeur, sans jamais avoir l’outrecuidance d’y apporter une réponse sèche et définitive. Mais jamais leur quête ne passe en retrait.

 

Plus que le vent, l’adversité de la Horde s’incarnera souvent dans leurs congénères humains… et parfois en eux-mêmes. Certains ont les nerfs moins solides que d’autres. Des drames en découlent. La Horde du Contrevent fait aussi sourire tant elle sait être drôle. Elle vous donne des bouffées de chaleur devant l’abnégation de ses membres. Et elle vous fera pleurer des torrents de larmes tant la mort rôde.

 

Contrairement à de nombreux univers de science-fiction qui restent fixes, celui de la Horde du Contrevent évolue. Aberlaas, Alticcio, Chawondasee, Ker Derban sont autant de villes et de lieux à la longue histoire et dont le futur est en marche. Mirifique, le monde de la Horde du Contrevent pourrait presque être qualifié de Planet Opera.

 

horde du contrevent alain damasio ville alticcio artwork

 

À cela s’ajoute ses véhicules (char à voile, aéroglisseur…) et ses animaux (méduse de vent, gorce, chrones…) qui achèvent de faire matérialiser cet univers d’une cohérence rare. Combien de fois, en relevant la tête dans le métro, me suis-je demandé où je me trouvais ! Hélas, il s’agissait du monde réel…

 

La Horde du Contrevent stimule comme rarement un livre n’a su le faire. Et lorsqu’on le termine, plus que la tristesse de ne plus revoir ses Hordiers, c’est la fierté qui domine. Celle de faire partie d’un club un peu sélect, qui a pu toucher à ce que la littérature produit de plus intense et bouleversant.

 

La Horde du Contrevent

8,99€

Mémorable

Les plus

  • Personnages incroyables
  • Narration exemplaire
  • Une épopée comme on en fait peu

Les moins

  • Début assez confus

NOTE FINALE :

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