La secte des Assassins : entre mythe et réalité

14 avril 2016 Morgane Decoret Jeux vidéo,Livres,

Il y a plus de mille ans, la secte des assassins terrorisait les puissants du Moyen-Orient. Les rumeurs les plus folles circulaient sur ces hommes hors du commun, réputés invincibles et d’une foi sans faille. Mais qu’en était-il réellement ? A quel point peut-on croire les récits qu’en ont fait voyageurs et ennemis ? Où s’arrête la vérité et où commence le mythe ?

Les assassins célèbres

 

Aujourd’hui, on définit un assassin ainsi : « personne qui commet un crime avec préméditation ».

Parmi les assassins les plus célèbres de l’Histoire on a : les sénateurs romains qui poignardèrent Jules César en 44 av JC, les quatre chevaliers d’Henry II d’Angleterre qui assassinèrent l’archevêque de Canterbury Thomas Becket en 1170, Ravaillac qui attaqua Henry IV de France dans son carrosse rue de la Ferronnerie en 1610, John Wilkes Booth et Lee Harvey Oswald qui tirèrent sur les présidents américains Lincoln (en 1865) et Kennedy (en 1963), et un nationaliste serbe qui saisit l’occasion de tuer François Ferdinand d’Autriche et sa femme en 1914, geste qui déclencha la 1ère Guerre Mondiale.

Vincenzo Camuccini, "Morte di Cesare", 1798,

Vincenzo Camuccini, « Morte di Cesare », 1798,

Qu’ils soient isolés ou qu’ils aient des complices, ces assassins collent à la définition mais aucun n’était vraiment ce qu’on pourrait appeler un « professionnel ». Au Moyen-Age, il existait des sectes qui choisissaient et entrainaient des hommes pour en faire des assassins de métier et ainsi se constituer une troupe d’élite de tueurs de l’ombre. C’était le cas au temps du Japon féodal avec les ninjas mais aussi et surtout au Moyen-Orient, avec les Hashahins.

 

 

La secte des Hashahins

 

En 1090, la mort du vieux calife et Imam Al-Mustansir provoque une guerre de succession entre Nizâr, son fils ainé, et Al-Musta’li, son cadet (le préféré des vizirs). Hassan ibn al-Sabbah supporte Nizâr mais les troupes de celui-ci sont vaincues et Hassan, qui s’est attiré les foudres des vizirs, doit s’exiler. Il s’empare alors de la forteresse d’Alamut en Perse qu’il rénove et devient ainsi, « Le Vieux de la Montagne ». Grand partisan de l’Ismaélisme, il prêche une lecture ésotérique du Coran, c’est-à-dire une interprétation qui n’est compréhensible que par les initiés. Il fonde la secte des Assassins pour perpétuer en secret l’ismaélisme nizârite (adjectif tiré de Nizâr). Cette organisation demeurera active bien après la mort de son fondateur, jusqu’en 1256.

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« Rien n’est vrai, tout est permis »

 

La philosophie d’Hassan ibn al-Sabbah résume bien son agenda politique. En effet, il n’hésitait pas à supprimer ses opposants et utilisait pour cela ses assassins. Ils étaient d’une efficacité redoutable et se taillèrent rapidement une réputation d’invincibilité. Ils pouvaient infiltrer n’importe quel endroit, même les plus protégés et personne ne leur résistait. Leur arme de prédilection était la dague, parfois empoisonnée et ils l’utilisaient en grande majorité contre des hommes d’influence, laissant la populace en paix. Discrets et efficients, leur utilisation du poignard montre qu’ils étaient passés maitres dans l’art du combat rapproché.

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Parmi leurs victimes célèbres on compte Conrad de Montferrat, roi de Jérusalem et assassiné en 1192 et d’autres hauts dignitaires de toute l’Asie musulmane : califes, vizirs… Il arrivait que les Hashshashins se contentent de menacer leur cible et généralement, c’était suffisant tant la peur générée était grande.

Des personnages légendaires

 

Ils devinrent bientôt des légendes et leur exploits furent rapportés jusqu’aux oreilles des grands rois d’Europe de l’Ouest par les voyageurs qui suivaient la route de la Soie. Henry de Champagne, un croisé, a écrit dans ses récits avoir été invité à visiter Alamut par Hassan ibn al-Sabbah en personne. Il lui aurait demandé la raison pour laquelle ses assassins étaient aussi craints et Hassan lui aurait répondu que c’était à cause de leur engagement total envers leur foi. Il aurait même fourni une démonstration à Henry de Champagne en ordonnant à l’un de ses disciples de se poignarder et à un autre de se jeter dans le vide. Tous les deux se seraient exécutés sans même sourciller.

 

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Marco Polo prétendit lui aussi avoir visité la forteresse d’Alamut, bien qu’elle n’ait probablement été guère plus qu’un tas de ruines à son époque (14ème siècle). Il raconta avoir percé le secret à l’origine de cet engagement hors norme : les disciples d’Hassan ibn al-Sabbah auraient été drogués au haschisch et auraient entrevu le paradis lors d’une mise en scène organisée par la secte. A leur réveil, ils auraient gardé le souvenir d’un jardin paradisiaque où se trouvaient de la nourriture et des femmes en abondance. Dès lors, ils n’auraient eu qu’une idée en tête, retrouver ce paradis et pour cela, il leur suffisait de suivre les ordres du grand maitre jusqu’à la mort.

 

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Le Vieux de la Montagne droguant ses disciples avec une boisson à base de haschisch

C’est cet usage du haschisch qui aurait donné le mot « haschischins » (drogué au haschisch) et ainsi par déformation de prononciation : « assassins » (utilisé pour la première fois en français dans les années 1560). Cependant, les spécialistes du sujet privilégient une autre origine : « hashishiyyin » qui signifie « fondateurs de la foi », « fidèles »… Ils n’excluent toutefois pas totalement que la secte ait eu recours à des techniques d’hypnose pour permettre aux disciples d’entrevoir un au-delà enchanteur et ainsi les motiver à donner leur vie pour la cause.

En entendant ces récits, les rois occidentaux comme Louis IX de France et Richard Cœur de Lion d’Angleterre auraient été très intéressés à l’idée d’employer ces assassins professionnels pour assouvir leurs ambitions politiques…

 

 

Un règne de terreur 

 

Les récentes fouilles archéologiques du site d’Alamut près de la Mer Caspienne (dans l’actuel Iran) ont permis de découvrir de la monnaie frappée du sceau de la forteresse, ce qui tendrait à prouver qu’Hassan ibn al-Sabbah considérait son territoire comme indépendant et ne se soumettait à aucune autorité. Ce statut n’était bien sûr possible que grâce à ses chers assassins. Recrutés assez jeunes, la plupart étaient des volontaires.

 

Ils devaient bien sûr être en bonne condition physique et vifs mais aussi froids, patients et calculateurs. Loin d’être de la simple chair à canon, les assassins de la secte savaient lire et écrire. Ils se devaient d’être éduqués et intelligents pour mieux infiltrer la haute société et ainsi accéder à leurs cibles : la monarchie, les politiciens, les généraux… Comme ils servaient aussi d’espions, leur principale qualité était la discrétion et ils pouvaient avoir recours à des déguisements.

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Cependant, ils voulaient également marquer les esprits. Ces hommes étaient des terroristes professionnels, il fallait ainsi que leurs actions ne passent pas inaperçues. Ils attaquaient leur cible souvent en pleine rue, et particulièrement le vendredi, à la sortie des lieux de prière, causant de ce fait une panique générale. Cette célébrité acquise grâce à ces « attentats » (dont nombre étaient des attentats suicides car l’assassin était capturé et tué), leur a ainsi permis de s’attaquer à des cibles encore plus importantes tel que Saladin lui-même. Lorsque les différentes tentatives d’assassinat à son encontre échouèrent, déjouées par sa garde rapprochée ; les nizârites décidèrent de changer de technique et l’attaquèrent de façon psychologique. Ils laissèrent dans sa chambre une sorte de pain que les Hashshashins étaient les seuls à cuisiner avec une dague et un message. Craignant pour sa vie, Saladin reconnu alors la puissance du Grand Maitre des Assassins. Certains chroniqueurs disent qu’il assiégea une de leurs places fortes, Masyâf, jusqu’à obtenir une promesse d’amitié ; d’autres affirment qu’il conclut un marché et devint leur protégé.

 

Le déclin de la secte

Hassan ibn al-Sabbah mourut de maladie en 1124 mais son organisation lui survécut pendant encore un siècle. Ce n’est qu’en 1237, avec l’arrivée des Mongols dans la région que l’autorité des Hashshashins fut ébranlée. Les Mongols prirent et détruisirent une à une les forteresses des Assassins, terminant par Alamut en 1256, date qui marqua la fin de la menace nizârite.

 

(…). Les rois des Grecs et des Francs, que la peur de ces hommes maudits faisait pâlir, qui leur payaient tribut et n’avaient pas honte de cette ignominie, jouissent maintenant d’un doux sommeil. Et tous les habitants de la terre, et en particulier les Fidèles, ont été libérés de leurs funestes machinations et de leurs croyances impures. Bien plus, l’ensemble des hommes, grands et petits, nobles et vils, partage cette joie (…) »

Récit de l’historien persan Ata-Malek Juvaini (1226-1283)

 

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Privés de leurs forteresses, les Assassins furent massacrés. Mais la secte n’aurait pas totalement disparu et certains de ses membres seraient encore actifs aujourd’hui (cependant, peut-être utilisent-ils plus la menace que l’assassinat politique de nos jours). Karim Aga Khan IV est l’actuel chef spirituel des ismaéliens nizârites.

 

Mais même en admettant que l’organisation d’Hassan ibn al-Sabbah ait été complètement dissoute, les assassins eux, n’ont pas été oubliés.

 

Ils sont d’ailleurs encore bien présents dans la culture populaire et surtout dans le monde du jeu vidéo. Dans la première version d’Assassin’s Creed par exemple, le joueur contrôle un assassin nommé Altaïr et Masyâf est la base de départ de chaque mission. Le jeu s’est notamment beaucoup inspiré du roman de Vladimir Bartol “Alamut”. The Elder Scrolls V Skyrim et Prince of Persia font également allusion aux Assassins.

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Nous ne savons finalement que très peu de choses sur les Hashshashins. La bibliothèque d’Alamut, qui rassemblait tous les documents les concernant fut détruite en même temps que la forteresse. Il se peut que nous continuions à découvrir des fragments d’information concernant ces assassins légendaires mais ils garderont probablement toujours une part de mystère, cette même part qui nous fascine depuis près de mille ans !

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