Épidémie de grippe : au Moyen-Âge, vous seriez déjà mort !

25 janvier 2017 Morgane Decoret Actu/Buzz,

Chaque hiver, la grippe fait des dizaines de victimes. Et ce même au 21ème siècle. Alors imaginez au Moyen-Âge ! Parce que médicalement parlant, c’était quand même loin d’être la meilleure période de l’Histoire pour tomber malade…

 

 

Interventions et chirurgie

 

Vous avez un truc qui débloque ? Il suffit de vous percer un trou dans le crâne !

 

On a toujours fait comme ça, pourquoi changer ? En effet, les premières amputations et les trépanations (le fait d’ouvrir le crâne d’un malade, notamment pour faire baisser la tension crânienne) étaient pratiquées depuis le Néolithique (-9000 à -3000 ans environ). C’était une technique qui avait fait ses preuves : les scientifiques ont retrouvé des crânes qui avaient subi une trépanation qui n’avait pas entrainé la mort. En revanche impossible d’affirmer avec certitude dans quel état se trouvait le patient après « l’intervention »…

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Si entre temps, les grecs avaient fait d’immenses progrès au V siècle avant J.-C., grâce à Hippocrate notamment, le Moyen-Âge marque une période de suspension des recherches médicales. Manque de fonds ? Peut-être… (Ben entre mener une guerre qui dure un siècle et faire du social, il faut choisir !) Mais la principale raison ? La religion bien sûr ! Pour l’Église, la maladie était une épreuve de Dieu. L’alchimie et l’astrologie prenaient donc une part de plus en plus importante dans les techniques de guérison. Qualifiée de « pratique barbare », la chirurgie a été condamnée par le concile de Tour en 1163 et les autopsies sur les corps humains interdites.

 

 

Atelier découpage

 

Malgré le ban, les médiévaux se sont vite aperçus que la chirurgie était une pratique parfaitement valable scientifiquement. Lorsque la gangrène menace de dévorer tout un patient, elle est assez inévitable. Comme les hommes d’église avaient l’obligation de prendre soin des malades et des nécessiteux, ils n’avaient pas vraiment le choix.

Heureusement quelqu’un a trouvé la solution ! Après le quatrième concile de Latran en 1250 (soit presque un siècle plus tard quand même !) la médecine et la chirurgie deviennent officiellement deux pratiques distinctes. Cette dernière est réalisée par des barbiers, des arracheurs de dents ou des forgerons. En gros tous ceux qui avaient accès à des objets coupants… Ouverture des abcès, saignées, soins des plaies ouvertes et réductions de fracture, ils pouvaient tout faire. Et ce sans avoir jamais reçu de formation particulière ! Mais ces pratiques étaient tout de même encadrées par les médecins qui contrôlaient et donnaient les ordres. C’est un peu comme si votre chirurgien habituel refusait soudain de vous opérer et vous disait « Ne vous inquiétez surtout pas je vais expliquer à votre coiffeur comment faire! On a presque les mêmes ciseaux de toute façon, donc ça devrait aller !»

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C’est moins dangereux de se faire opérer à l’étranger !

 

Au 21ème siècle, l’Occident est réputé être à la pointe de la technologie médicale et l’Orient est davantage réservé pour les implants mammaires et autres opérations de chirurgie plastique au rabais. Au Moyen-Âge en revanche, si vous vouliez vous faire opérer, mieux valait faire le voyage jusqu’en Orient.

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Là-bas, les chirurgiens étaient des chercheurs, des hommes de science qui faisaient en sorte de constamment améliorer leurs techniques de soins. Abulcasis, un chirurgien arabe du XI° siècle a rédigé une encyclopédie médicale en 30 volumes dans laquelle il présente plus de 200 instruments chirurgicaux. Avenzoar, lui aussi chirurgien arabe, pratiquait au XII° siècle de la chirurgie expérimentale sur les animaux avant de l’appliquer aux hommes. Il réalise également les premières autopsies. Grâce à leurs travaux (et à ceux de beaucoup d’autres médecins en Orient), de nombreux progrès voient le jour en chirurgie oculaire ainsi que dans les pratiques d’anesthésie.

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Leurs œuvres sont arrivées en Europe par les invasions arabes de l’Espagne et de Sicile. À partir de là, de nombreux traités de médecine ont été traduits de l’arabe au latin. Les croisades ont aussi bien aidé ! Au final on peut voir ces terribles expéditions militaires comme de charmants voyages d’observation et d’échange de culture !

Cette diffusion de la connaissance a entraîné la création d’universités de médecine afin de former les médecins. Les premières sont celles de Salerne et de Bologne. En France, il faut attendre 1220 pour que la première université de médecine soit créée à Montpellier. De nombreux grands médecins y furent formés, comme Gui de Chauliac.

 

 

Heureusement, même les médecins du Moyen-Âge évitaient de vous découper pour rien… Il existait donc de nombreux remèdes.

 

 

Les remèdes

 

Au Moyen-Âge, on pensait qu’il existait quatre types d’humeurs : la bile jaune, la bile noire, le sang et la lymphe. Chez un être en bonne santé, les quatre humeurs sont équilibrées. En revanche, un déséquilibre se manifeste par une maladie.

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Il fallait donc fournir au patient un remède, fait à base de matières végétales, animales ou minérales.

 

 

Les plantes médicinales et magiques

 

Les différents effets des plantes médicinales étaient plutôt bien connus au Moyen-Âge. Les herbes « simples » comme le thym, la menthe, la lavande, le lys et bien d’autres étaient très souvent utilisées. La sauge par exemple avait des effets stimulants, antispasmodiques et cicatrisants. Le souci servait à traiter la grippe, la bronchite, ou encore la pneumonie. En revanche, si les infusions d’écorce de saule calmaient la douleur, elles avaient la fâcheuse tendance de fluidifier le sang. Pas forcément la meilleure chose à donner à une femme qui accouche donc… Malheureusement, ce deuxième effet n’était pas vraiment connu et de nombreuses femmes sont mortes en couches après de sévères hémorragies.

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Aujourd’hui, si vous vous baladiez avec des plantes autour du cou, on vous regarderait de travers… Au Moyen-Âge en revanche, porter des plantes en guise d’amulette était tout à fait normal. On allait même les ramasser dans des endroits étranges, comme la mandragore au pied des gibets par exemple… Cependant, il ne faut pas confondre les plantes qui se portent et celles qui se mangent… Car si la mandragore peut servir d’anesthésiant et qu’elle aurait des vertus aphrodisiaques, il s’agit aussi d’un dangereux hallucinogène qui peut facilement entraîner la mort.

 

Enfin, certaines plantes avaient des propriétés absolument extraordinaires ! L’alchémille entrait dans la composition d’élixir de longue vie, l’aigremoine protégeait des mauvais sorts, l’amarante rendait invisible et assurait l’immortalité. La digitale pourpre, protégeait les maisons des sorcières et des loups. Satisfait ou remboursé !

 

 

Les matières animales

 

À part les urines et les excréments (humains ou animaux), de nombreux autres « ingrédients » participaient à l’élaboration des « remèdes ». La bave d’escargot, ou le venin de serpent en préparations à boire ou en onguents appliqués directement sur les lésions cutanées… Les insectes comme les sangsues ou les poux utilisés vivants ou en préparations pour soigner les bronchites… Les toiles d’araignée, les cloportes et les scorpions mélangés à d’autres ingrédients pour guérir les fièvres, otites ou hémorragies…

 

Capable d’accomplir des miracles le « bézoard » (concrétion qui se forme dans l’estomac d’animaux) était très recherché. Râpé et mélangé à un liquide ou porté autour du cou, il soigne l’épilepsie, la peste, la mélancolie, la dysenterie, la petite vérole et protège des serpents et des ensorcellements.

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Pierres précieuses

 

Au XIème siècle, les gens croyaient que les pierres avaient des propriétés pouvaient soigner les blessures, les maladies et influer sur le comportement. Ils les répertorièrent dans des encyclopédies regroupant les noms, couleurs et provenance des pierres ainsi que leur usage, appelées lapidaires.

 

Bien sûr en général ils portaient les gemmes et autres pierres en colliers ou sur leurs vêtements. Mais ils s’en servaient également pour faire des potions et des liqueurs à boire !

Barthélémy l’Anglais, un frère franciscain du XIII° siècle, détaille la façon d’utiliser les différentes pierres dans son encyclopédie De Proprietatibus rerum. D’après lui, il suffirait de toucher les furoncles avec des saphirs pour les faire désenfler, de porter un diamant du côté gauche pour lutter contre les empoisonnements ou encore de boire de la poudre de diamant pour soigner les coliques. (Ça fait cher le smecta !)

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D’autres minéraux aussi avaient des pouvoirs extraordinaires : les minéraux d’origine animale (l’ivoire, les perles ou le corail) ou encore les métaux précieux (l’or, l’argent ou le cuivre).

Comme pour les plantes, certains remèdes n’étaient pas sans risques… Le mercure était censé soigner la syphilis et la lèpre. Malheureusement, ce minéral est hautement toxique et il est fortement déconseillé d’en avaler. Certains moines se sont même empoisonnés en préparant les potions…

 

 

 

Bref vive la médecine moderne !

 

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