(Édito) Quand Mélenchon fait fausse route en s’attaquant à Assassin’s Creed Unity

22 avril 2015 Tristan Bories Jeux vidéo,

Jeux de pouvoir

C’est bien connu, la politique et les jeux vidéo n’ont jamais fait bon ménage. Sous prétexte de vouloir drainer un peu d’audience et de faire parler d’eux, nos chers politiques sont prêts à dire tout et n’importe quoi. Peu importe la bêtise, pourvu qu’on ait l’audience, hein.

On se rappelle tous du torrent de haine qui s’était déversé dans les médias pour la sortie GTA V. Et vas-y que je te fais passer les joueurs pour des psychopathes assoiffés de sang. C’était du délire.

Il ne faut pas oublier qu’un jeu reste un divertissement comme un autre. On ne va pas se mettre à regarder de travers les gens qui vont voir un film de Michael Bay sous prétexte qu’il dessoude la moitié de la population de New York dans chacun de ses films. Et bien là c’est pareil.

 

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Mais le coup de gueule du jour revient à Monsieur Jean-Luc Mélenchon. J’espère que vous avez noté la belle majuscule que j’ai calée à « Monsieur » parce que je suis sur le point de lâcher la bête. La récupération politique est un sport national, ça on le sait tous, mais s’il y a bien un jeu dont je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse débat, c’est bien Assassin’s Creed Unity.

 

Un jeu d’envergure internationale, créé par un studio français, Ubisoft, et qui en plus se déroule en France. Déjà vu le contexte, je m’attendais plutôt à un petit mot sympa de Fleur Pellerin, un truc du genre, « c’est bien les gars continuez, l’année prochaine vous nous  faites une suite à Marseille façon Assassin Kalash ». Mais non, à la place on a Mélenchon qui nous glisse une petite phrase dorée à l’acide.

 

« Le dénigrement de la grande Révolution est une sale besogne pour instiller davantage de dégoût de soi et de déclinisme aux Français, expliquait-il jeudi au Figaro. Si l’on continue comme ça, il ne restera plus aucune identité commune possible aux Français à part la religion et la couleur de peau. » Il se dit même « écœuré » par le jeu, soulignant qu’il s’agit « d’une propagande contre le peuple ». On aura vraiment tout entendu.

 

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Alors déjà remettons les choses dans leur contexte, Assassin’s Creed est une œuvre de fiction qui se déroule pendant la Révolution française. En une phrase il me semble que déjà tout est dit. Il s’agit d’une œuvre de fiction, imaginée par des scénaristes alors pas la peine de s’emballer. On ne va pas tailler un costard à Tarantino parce qu’il a tué Hitler dans Inglorious Bastard ? Si ?

Et puis en plus, si c’est pour nous relancer un vieux débat sur l’identité nationale, c’est bon, on a déjà donné. Il n’y a rien de dégoûtant à incarner un révolutionnaire à cette époque. Et même si la réalité historique n’est pas respectée, elle a le mérite de nous faire un croquis de l’époque.

Le jeu vidéo n’est pas un outil d’éducation, même s’il y participe indirectement. Pour le moment je dirais qu’il permet de s’ouvrir à des sujets nouveaux à travers une certaine forme de divertissement. Combien d’adolescents vont se passionner pour la Révolution, ou même l’Histoire en général après avoir joué au jeu ? C’est ça la vraie question à mon sens.  Les personnes qui ont assez de culture pour démêler le vrai du faux se feront leur propre avis sur le jeu et apprécieront sûrement l’effort accompli par Ubisoft pour reconstituer la ville de Paris telle qu’elle était au 18eme siècle. Ceux qui ne l’ont pas se la feront par eux-mêmes, comme des grands (Google est notre ami).

 

Il est indéniable qu’Assassin’s Creed Unity traîne derrière lui une longue série de casseroles aussi rutilantes que bruyantes question erreurs historiques. Nous ne sommes pas là pour les lister mais il suffit de quelques coups d’œil avisés pour dénicher quelques perles.

 

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J’ai envie de dire qu’on s’en fiche un peu de l’image de Robespierre (paix à son âme, mais il a quand même envoyé une sacrée tripoté de gens se faire raccourcir à l’échafaud sous la Terreur). Il s’agit avant tout d’une histoire d’amour impossible sur fond de révolution. Ne mélangeons pas tout.

Les jeux vidéo seront peut-être amenés à devenir de vrais outils d’apprentissage dans le futur, car on se rend bien compte que l’apprentissage n’en est que plus rapide, car plus immersif et interactif. Mais pour le moment il ne s’agit que d’un divertissement. Alors s’il vous plait, prenons-le comme tel. Assassin’s Creed n’est pas un serious game et n’a jamais été créé dans ce but là.

Chaque adaptation est soumise à débats, là-dessus il n’y a aucun souci. On peut aimer ou détester une œuvre, le tout c’est de le faire en connaissance de cause.

Ce qui me déplait, c’est l’attitude de Mélenchon. Alors qu’il peut parfois être brillant dans les sujets qu’il maîtrise et galvaniser les foules aussi ardemment qu’une pin-up face à une unité de GI en plein Viêtnam, il peut également se fourvoyer en parlant d’un sujet qu’il ne maitrise pas.

Déjà, j’ai un peu de mal à croire qu’il ait joué au jeu. Assassin’s Creed Unity étant sorti hier, je doute même qu’il possède une console susceptible de le faire tourner.

C’est un peu comme si je vous lâchais la critique du dernier Nolan, en ayant juste vu la bande-annonce après avoir écouté parler les piliers de comptoir du PMU du coin. Ça n’a pas de sens. Pour qu’il y ait un débat, il faut un minimum de connaissance du sujet et là il parait évident qu’il ne l’a pas.

Je préfère louer la démarche d’Ubisoft, qui est parvenu à recréer la ville de Paris dans ses moindres détails et à donner la possibilité aux joueurs du monde entier d’arpenter ses rues en toute liberté (on parlera quand même des défauts du jeu plus tard, hein).

Verrons-nous un jour un politique qui parle des jeux vidéo en connaissant au moins un minimum le sujet ? Je l’espère de tout cœur.

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