(Edito) Entre deuil et colère

16 novembre 2015 Tristan Bories Actu/Buzz,

L’envie m’est venue de manière brutale.  Il fallait que j’écrive, que je couche toutes ces pensées horribles sur un morceau de papier. Je pense que c’était ma manière à moi de trouver un sens à cette tragédie.

 

Depuis tout petit, nous avons été habitués à voir ces scènes de guerre. Que ce soit au cinéma ou même dans les informations du soir, notre esprit embrumé s’est en quelque sorte habitué à l’horreur humaine. Une bombe dans un quartier commerçant de Jérusalem, ou encore l’explosion d’un bus dans la bande de Gaza. Tout cela fait partie de notre quotidien sans pour autant qu’on en sente véritablement l’odeur effroyable.

 

Mais ce week-end tout a changé. La mort, que l’on savait voisine, s’est soudainement abattue sur nous. Que l’on connaisse ou pas les victimes de ce massacre, le ressenti reste le même. On a pris conscience que le terrain de guerre s’était désormais déplacé jusque chez nous.

 

L’horreur est d’autant plus frappante qu’elle nous a pris des frères, des sœurs, des amis ou même des collègues. Une nuée d’innocents qui tentaient paisiblement de profiter de ces petites choses de la vie et qu’une poignée de fanatiques a exécutés lâchement.

 

Ce qui m’a frappé en premier, c’est  la proximité naturelle que j’ai ressentie avec les victimes. Je ne les connaissais pas et pourtant je me suis senti déchiré. J’ai contemplé avec horreur ces lieux ô combien familiers, ces terrasses d’habitude si joyeuses et animées, ces ruelles escarpées où j’aimais me balader avec une certaine insouciance. Plus rien ne sera jamais pareil.

 

Alors que pouvons-nous faire maintenant ? S’ériger en masse face à cette campagne de terreur et faire bloc ? Bien plus facile à dire qu’à faire. Car malgré les appels à l’union, la peur s’est installée dans nos cœurs. Ce matin, quand il m’a fallu prendre le métro, j’ai été saisi par le silence tendu qui régnait dans la rame. Personne ne parlait et pourtant je pouvais saisir l’idée tenace qui flottait dans l’air. Et si ? Et si ça recommençait ici ? Maintenant ?

 

On a beau essayer de se rassurer, l’ombre du doute s’est glissée dans nos esprits meurtris. Les attentats de Charlie Hebdo ciblaient notre liberté d’expression, ceux de ce vendredi 13 nous ciblaient nous, directement. Voilà ce qui a véritablement changé.

 

Alors qu’elle peut-être notre réponse dans ce moment d’obscurité sanguinolente ? Je dirais l’union, sans aucun doute. Une union complexe, mais nécessaire. Bien sûr que nous avons peur, mais ne nous laissons pas entraîner par les remous de la vengeance.

 

J’ai été attristé par les commentaires de certains qui associaient encore une fois fanatisme et religion. Est-ce que l’on en voudrait à la Chrétienté tout entière si un serial killer tuait au nom de Dieu ? Bien-sûr que non. Chaque individu est responsable de ses actes, pas la peine de mêler toute une communauté à cela. Pour ces attentats c’est pareil.

 

Bien que la colère s’agite sur les cendres de ces actes horribles, nous devons y faire face avec les valeurs qui sont les nôtres, et ne pas nous tromper d’ennemi. Les musulmans sont les premiers à pleurer ces crimes commis par ces imposteurs.

 

J’aimerais enfin adresser une pensée toute particulière et émue à toutes les familles et les amis des victimes. Je ne trouve aucun mot pour exprimer suffisamment ma peine, mais sachez que toute notre équipe se tient derrière vous.

 

Prenez soin de vous tous.