Les coulisses de la littérature : le clash des écrivains

25 novembre 2016 Morgane Decoret Livres,

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Quand les écrivains se taillent entre eux !

 

A chaque fois qu’une œuvre paraît, les lecteurs se divisent en deux camps. Il y a ceux qui aiment le travail de l’auteur et ceux qui ne l’aiment pas… et qui ne se privent pas pour le dire !

Et si aujourd’hui, internet nous donne l’opportunité de lire des commentaires d’inconnus que la bienséance m’empêche de retranscrire ici ; lorsque ce sont d’autres écrivains qui critiquent leurs confrères, cela donne une saveur toute particulière à la chose!

 

Je vous ai donc concocté un petit classement des meilleures critiques négatives d’auteurs… par leurs pairs !

 

 

 

  1. Hamlet – William Shakespeare (1603)

 

« On pourrait croire que cette pièce est l’œuvre d’un sauvage enivré. » – Voltaire.

 

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Apparemment, aucun chef d’œuvre n’est incontestable ! Voltaire n’a visiblement pas apprécié l’une des pièces majeures de Shakespeare. En tout cas, le « sauvage enivré » nous a laissé une phrase qui est restée parmi les citations les plus célèbres de tous les temps : « Être ou ne pas être, telle est la question ». Si ça ce n’est pas de la littérature, qu’est-ce qu’il l’est ?

 

 

  1. La Chute de la maison Usher – Edgar Allan Poe (1839)

 

« Montrer de l’enthousiasme pour Poe est la marque d’un niveau de réflexion définitivement primitif. » – Henry James.

 

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Décidément, entre le sauvage et le primitif, les génies ont du mal à se faire comprendre !

 

 

  1. Les Fleurs du mal – Baudelaire (1857)

 

« D’ici un siècle, l’histoire de la littérature française ne mentionnera cette œuvre que comme une simple curiosité. » – Émile Zola.

 

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Comment dire… il va encore falloir quelques siècles avant qu’on classe ce magnifique recueil de poèmes, chef d’œuvre qui a révolutionné la poésie de la période romantique dans la catégorie « curiosités ». Peut-être quand les extraterrestres auront débarqué et nous auront envahis ?

 

 

  1. Thérèse Raquin – Emile Zola (1867)

 

« Ma curiosité a glissé ces jours-ci dans une flaque de boue et de sang qui s’appelle Thérèse Raquin, et dont l’auteur, M. Zola, passe pour un jeune homme de talent […] Ce livre résume trop fidèlement toutes les putridités de la littérature contemporaine pour ne pas soulever un peu de colère. » – Louis Ulbach dans le Figaro, le 23 janvier 1868.

 

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On comprend mieux l’attitude de Zola envers Baudelaire après la critique assassine de Louis Ulbach à propos de son livre Thérèse Raquin. En épousant d’un peu trop près le style naturaliste (dont il est le chef de file), Zola dégoute. Pour l’avoir lu, il est vrai que les aventures de cette chère Thérèse sont dignes des meilleurs scénarios de films d’horreur.

 

Si jusqu’à présent, ces critiques d’écrivains étaient assez légères, attendez de voir ce qui suit !

 

 

  1. Notre-Dame de Paris – Victor Hugo (1831)

 

« Je viens de lire Notre-Dame – ce n’est pas de M. Victor Hugo auteur de quelques bonnes odes, c’est de M. Hugo auteur d’Hernani – deux belles scènes, trois mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la belle et la bête, et un déluge de mauvais goût – une fable sans possibilité et par-dessus tout un ouvrage ennuyeux, vide, plein de prétention architecturale – voilà où nous mène l’amour-propre excessif. » – Honoré de Balzac

 

  1. Ruy Blas – Victor Hugo (1838)

 

« A propos, Ruy Blas est une énorme bêtise, une infamie en vers… » – Honoré de Balzac

 

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C’est moi où je décèle une certaine forme d’acharnement ? Il semblerait qu’Honoré de Balzac ait des comptes à régler avec l’un des écrivains les plus influents du 19ème siècle. Ce contemporain de Victor Hugo a beau être tout aussi important que lui dans la littérature française, il ne peut pas apparemment pas le sentir ! Qu’Honoré de Balzac se rassure, les élèves de collège et de lycée détestent autant ces deux écrivains !

 

 

 

  1. Du côté de chez Swann – Marcel Proust (1913)

 

« Je m’en voudrais de vous présenter ce livre comme un chef-d’œuvre. Je tiens même, tant je crains la désillusion qu’il pourrait vous donner, à insister d’abord sur ses défauts. Il est encore plus mal composé qu’aucun des livres de Larbaud. Il est divisé en trois parties inégales, dans la première l’auteur accumule pêle-mêle un tas de souvenirs d’enfance […]. Le style d’autre part est lourd et surchargé. Chaque phrase, si l’on en fait l’analyse, se révèle parfaitement correcte; mais elle porte tant d’incidentes, elle est si curieusement imbriquée, qu’il est presque impossible d’embrasser d’une seule lecture tous les rapports qu’elle contient. » – Jacques Rivière

 

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Aïe ! Grand homme de lettres et directeur de La Nouvelle Revue Française (à partir de 1919), Jacques Rivière n’est apparemment pas un grand fan de Marcel Proust ! Et bien que son aversion pour les phrases qui s’étalent sur plusieurs pages sans interruption soit compréhensible, il aurait pu (comme bien d’autres écrivains) y voir là le génie de Proust !

 

 

  1. Ulysse – James Joyce (1920)

 

« J’ai fini Ulysse et je pense que c’est un ratage. Du génie, certes, mais de la moins belle eau. Le livre est diffus et bourbeux; prétentieux et vulgaire (…) Je ne puis m’empêcher de penser à quelque galopin d’école primaire, plein d’esprit et de dons, mais tellement sûr de lui, tellement égoïste qu’il perd toute mesure, devient extravagant, poseur, braillard et si mal élevé qu’il consterne les gens bien disposés à son égard et ennuie sans plus ceux qui ne le sont pas. » – Virginia Woolf

 

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On reste dans les romans et cette fois-ci, c’est une femme qui donne son avis ! Malheureusement, Virginia Woolf n’est pas tendre avec l’œuvre de James Joyce : Ulysse. Apparemment, elle n’aime pas le mouvement moderniste vu par James Joyce. Elle pourra sûrement passer des heures à débattre avec T.S. Eliot qui pour sa part à l’air d’avoir apprécié l’œuvre : « Ce livre est pour moi l’oeuvre la plus importante de notre temps; nous avons une dette envers lui et ne pouvons lui échapper. » (« I hold this book to be the most important expression which the present age has found; it is a book to which we are all indebted, and from which none of us can escape. »)

 

 

  1. Alcools – Guillaume Apollinaire (1913)

 

« Rien ne fait plus penser à une boutique de brocanteur que ce recueil de vers par M. Apollinaire sous un titre à la fois simple et mystérieux : Alcools. Je dis : boutique de brocanteur, parce qu’il est venu échouer dans ce taudis une foule d’objets hétéroclites dont certains ont de la valeur, mais dont aucun n’est le produit de l’industrie du marchand même. C’est bien une caractéristique de la brocante : elle revend, elle ne fabrique pas… Une truculente et étourdissante variété tient lieu d’art, dans l’assemblage d’objets. C’est à peine si, par les trous d’une chasuble miteuse, on perçoit le regard ironique et candide du marchand, qui tient à la fois du juif levantin, de l’Américain du Sud, de gentilhomme polonais et du facchino. » Georges Duhamel, Mercure de France, 16 juin 1913.

 

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On revient à la poésie à présent ! Émile Zola avait déjà vivement critiqué Les Fleurs du Mal de Baudelaire mais là, Georges Duhamel accuse carrément Apollinaire de plagiat ! Quelqu’un qui réutilise les travaux d’autres écrivains mais qui ne crée pas : à l’image du brocanteur. Ne connaissant pas tous les poèmes jamais publiés j’aurais bien du mal à dire si cette accusation est fondée. Cependant, pour avoir lu plusieurs poèmes d’Apollinaire, il me semble improbable que quelqu’un d’autre ait un esprit à la fois aussi tordu et merveilleux !

 

 

  1. Le Soulier de satin – Paul Claudel (1929)

 

« Heureusement qu’il n’y avait pas la paire !… » – Sacha Guitry.

 

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Une chose est sûre, Sacha Guitry a la technique pour décourager les auteurs, ou dans le cas présent un dramaturge, de faire une suite ! En même temps, la pièce de théâtre écrite par Paul Claudel durait près de onze heures, de quoi démotiver les plus tenaces !

 

 

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