La « writer’s room »: la méthode d’écriture qui fait le succès de vos séries préférées

8 février 2016 Morgane Decoret Actu/Buzz,Ciné/Séries,

Fini les scénaristes en pyjama qui travaillent de chez eux, la « writer’s room » est arrivée!

 

Frank Spotnitz, le créateur américain de la série britannique « Hunted », apporte à l’Europe un processus créatif nouveau : la « writer’s room ». Ce système américain faisait déjà beaucoup parler de lui sur le vieux continent mais jusqu’à présent, personne ne l’utilisait vraiment.

 

Alors qu’est-ce que c’est? La writer’s room est une salle dans laquelle toute l’équipe des créateurs s’assoie, discute et élabore le scénario de la future série.

 

hunted-serie1

 

Jusqu’à présent, on ne savait pas grand chose de la forme que prenait ce processus de création, mais à l’occasion du festival Totally Serialized qui a rassemblé en janvier dernier les professionnels européens de la création de série TV, Smita Bhide et Camille de Castelnau ont raconté ce qui se passe exactement dans ces fameuses salles d’écriture…

« Ça ressemble à l’école, vous répondez à des questions difficiles, le showrunner (scénariste-producteur) est un peu comme un professeur qu’il faut satisfaire. Vous êtes avant tout un outil, un pourvoyeur d’idées »

 

Pendant six semaines, l’équipe dont elle faisait partie s’est enfermée avec Frank Spotnitz, le créateur,  à raison de neuf heures par jour, cinq jours par semaine, pour écrire « Hunted », une série d’espionnage diffusée par la BBC depuis 2012.

 

writers-room-porte

 

Eh oui, aux Etats Unis, ça ne rigole pas ! D’ailleurs, Smita Bhides parle d’un « énorme choc culturel pour des auteurs qui ont l’habitude d’avoir leur routine quotidienne et peuvent rester en pyjama toute la journée s’ils le veulent».

 

Là, les scénaristes doivent mettre des mots sur chaque idée et essayer d’être convaincants auprès des autres auteurs… Bien sûr, beaucoup de ces idées sont rejetées et pas toujours avec tendresse…
La writer’s room est loin d’être démocratique, c’est toujours le showrunner qui décide à la fin!

 

Pour Camille de Castelnau, scénariste sur la série française « Le Bureau des Légendes » d’Éric Rochant, la méthode de la «writer’s room» est très efficace.
« Lorsqu’on bloque sur un problème, que je donne une mauvaise idée et qu’Éric grimpe sur ma mauvaise idée pour en trouver une super bonne, il y a alors un vrai sentiment de boulot collectif».

 

le-bureau-des-legendes-1

 

Et tout ce travail finit par payer ! Environ trois fois plus pour un scénariste américain que pour son homologue britannique… pour l’instant ! Car une fois formés à la rigueur et l’exigence de l’exercice, les auteurs européens pourront très vite exporter leurs talents. C’était d’ailleurs probablement l’ingrédient manquant des séries françaises, qui sont en général jugées de qualité inférieure que celles importées d’outre Atlantique…
Alors ce processus est peut-être extrêmement stressant pour les scénaristes, mais quand on voit le résultat sur des séries comme Person of Interest ou Breaking Bad, on se dit que le sacrifice de certains pour assurer aux autres des soirées entières de pur plaisir est peu cher payé !

 

person-of-interest-breaking-bad
,